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Élever ses veaux par des nourrices

Certains éleveurs, cherchant à réduire le travail d’astreinte en maintenant des performances animales, ont adopté l’élevage des génisses par des nourrices. Confirmant l’intérêt de cette technique qui permet d’envisager un premier vêlage à 24 mois, de plus en plus de producteurs possèdent déjà de l’expérience dans ce domaine. Zoom sur deux pratiques d’éleveurs en Ille-et-Vilaine.

Le troupeau de vaches nourrices du Gaec Guines.


Une fois l’adoption acquise, les vaches nourrices ont accès à l’extérieur et se laissent généralement téter par l’ensemble des veaux présents. Au Gaec Guines (Saint Marc sur Couesnon, 35) une trentaine de veaux naissent au printemps. Dans leur système laitier biologique où l’optimisation du temps de travail a son importance, les éleveurs ont mis en place depuis cette année et avec succès, un groupe de vaches nourrices pour élever les génisses de renouvellement. Cette technique leur a permis de valoriser du lait produit au pâturage sur des terres non accessibles aux vaches laitières.
"Je retiens que du positif", s’enthousiasme Jean-Philippe. "L’élevage des génisses devient plus facile et moins stressant. Il faut malgré tout accorder du temps sur la phase d’adoption et d’apprivoisement des génisses".

Adoption, une étape fondamentale
Cela peut être contraignant et durer plus ou moins longtemps, mais généralement une semaine suffit. Le choix des vaches se fait en fonction du stade et du nombre de lactation, de leur état sanitaire et bien sûr de leur instinct maternel. "J’ai dû changer une vache au bout d’une semaine. Elle n’acceptait pas les veaux", précise Jean-Philippe. Chaque vache possède 3 veaux à nourrir. Après quelques jours d’adoption en bâtiment, les vaches et veaux associés ont accès à l’extérieur pendant quelques semaines avant le grand départ sur une prairie destinée au troupeau sur le reste de la saison. La prairie est divisée en plusieurs paddocks afin d’avoir des retours tous les trente jours. "J’essaie de limiter le risque parasitaire par la gestion en pâturage tournant. Par sécurité j’ai réalisé des prélèvements coprologiques par mon vétérinaire en juillet et novembre. Aucune génisse n’a rencontré de souci sanitaire. Les résultats ont confirmé mes observations sans pénaliser les croissances".

Une observation au champ obligatoire
Si les vaches nourrices permettent de faciliter l’élevage des génisses, cette technique demande de consacrer de la surveillance aux champs. "L’idée n’est pas d’avoir des chevreuils à la fin", martèle Jean-Philippe. Tous les jours, pendant les premiers mois, l’éleveur passe du temps dans son troupeau pour favoriser le contact avec l’homme. Le changement de paddock est un moment privilégié entre l’animal et l’éleveur. "Les génisses se sont habituées à ma présence. Elles s’approchent de moi sans aucune inquiétude".
Le sevrage se réalise sur l’automne de manière progressive. Les vaches nourrices sont retirées du troupeau au fur et à mesure. Il faut être vigilant sur l’état des nourrices à la fin, notamment en cas de Prim’Holstein, pour qu’elles ne maigrissent pas trop. À cette époque, le besoin en lait des génisses n’est plus nécessaire et la séparation vaches/veaux s’opère naturellement.

Une technique affinée avec le temps
Dans un système laitier biologique métissé, en bas intrants, vêlages groupés de printemps et monotraite, les éleveurs de l’EARL des Besnaudières (Parthenay de Bretagne, 35) ont choisi depuis 2006 d’élever leurs génisses de renouvellement par des vaches nourrices, sans concentré et à l’extérieur. "Actuellement, on choisit 7 vaches nourrices parmi le troupeau pour élever nos femelles de renouvellement et nos trois taureaux reproducteurs", témoigne Jacky l’un des associés. Les critères de sélection sont la production laitière, la docilité et l’état sanitaire. Trois veaux par vache est le bon compromis entre la croissance des veaux et les capacités laitière d’un vache. Un quatrième veau est présent avec les plus grosses laitières les deux premiers mois afin de valoriser les veaux mâles jersiais en circuits courts.

Génisses EARL Besnaudières
Génisses de 11 mois de l’EARL des Besnaudières.

Une organisation méthodique
Les veaux sont laissés avec leur mère maternelle pendant une demi-journée après vêlage. Ils sont ensuite dirigés en bâtiment en case individuelle puis collective durant une semaine. Leur alimentation est composée de lait non commercialisable transformé en yogourt. "Malgré l’ensemble des vêlages sur mars, aucun lait n’est jeté post vêlage", souligne Gwénaël. Les veaux boivent maximum 2,3 litres de lait par repas deux fois par jour. La phase d’adoption débute à 8 jours après naissance. Le veau doit être vif pour aller chercher les premières tétées. La vache est bloquée au cornadis et entravée systématiquement la première fois, par mesure de sécurité pour les veaux et l’éleveur. En fonction de leur comportement, les vaches peuvent être changées pour une autre nourrice.
Une fois l’adoption réussie, la vache et ses veaux sont sortis sur des paddocks proches des bâtiments. Fin mai, le troupeau est déplacé sur l’îlot génisses distant à deux kilomètres. Un taureau issu de l’exploitation est introduit à cette période jusqu’à juillet afin de saillir les vaches nourrices. "À cette date nous regroupons les deux lots génisses (n et n-1) et nous n'avons qu’un seul lot à gérer".

Jusqu’à 5 fois nourrices
Aucun concentré n’est distribué aux génisses sur les deux ans. Le sevrage se réalise à 7 mois vers octobre. Il est fait en fonction de l’état corporel des vaches qui reviennent sur le site principal pour engraissement. Si la vache est gestante, elle retourne avec le troupeau laitier et sera tarie pendant 4 mois. "Nous avons eu une vache nourrice pendant 5 années de suite !", aime à préciser Jacky. Les génisses resteront l’hiver dehors avec une alimentation majoritairement de foin aux râteliers complétée par du pâturage. Pendant cette période, le développement corporel est limité mais corrigé par une croissance compensatrice spectaculaire entre mars et mai de l’année suivante.

Les conditions de réussite à retenir

- Constituer des lots homogènes afin de limiter la compétition à la mamelle
- Adapter le nombre de veaux selon la production laitière journalière de la vache
- Choisir des vaches maternelles et laitières. Ne pas hésiter à changer si besoin
- Veau à la diète et vache non traite avant adoption
- Réaliser des clôtures adaptées pour les premières semaines
- Favoriser le contact homme/animal
- Sevrage progressif

 

 

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