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Le cheptel porcin chinois reconstitué, la filière française en crise

Le ministère de l’Agriculture chinois vient de révéler que le nombre de porcs vivants sera bientôt au même niveau qu’avant la pandémie de peste porcine. Le prix de la viande de porc commence à baisser, de l’ordre de 20 % par rapport au plus haut de l’année. Une évolution qui vient s'ajouter aux nombreux motifs d'inquiétude pour les éleveurs bretons.

Tous les pays ont profité de la crise de la PPA en Chine. Celle-ci a importé 100 MT de viande porcine en France au cours des sept premiers mois de 2020.
© Tous les pays ont profité de la crise de la PPA en Chine. Celle-ci a importé 100 MT de viande porcine en France au cours des sept premiers mois de 2020.

La pandémie de peste porcine africaine, qui frappe de plein fouet l’Europe et qui désorganise le marché déjà bousculé par la fermeture des restaurants un peu partout sur le Vieux continent, est en passe de devenir un mauvais souvenir dans l’Empire du Milieu.

 

1/3 du cheptel décimé

Cette pandémie a décimé un tiers du cheptel chinois, entraînant une envolée des prix à la consommation. La Chine a dû importer de la viande de porc dans tous les pays producteurs, y compris la France, avec pour conséquence une envolée des cours dans le monde entier. Mais cette période semble révolue, comme le montrent des statistiques de la population porcine que vient de révéler le ministère chinois de l’Agriculture et des Affaires rurales.
À la fin septembre, le cheptel porcin chinois a atteint 370 millions de têtes, soit 84 % du niveau de celui d’avant la pandémie, en 2017. L’augmentation est bien plus forte que prévu et le ministère de l’Agriculture chinois se félicite de "neuf mois de croissance consécutive".
La population de truies reproductrices est même encore supérieure, avec un cheptel reconstitué à 86 % à un peu plus de 38 millions de têtes. Les moyens mis en place sont à la taille de l’économie chinoise, gigantesques. 12 500 élevages de porcs  ont été construits de toute pièce, et 13 500 élevages rendus vacants par la pandémie ont été remis en route.

12 500 élevages de porcs "à grande échelle" ont été construits de toute pièce.

3,2 milliards de tonnes importées

Dans la foulée, les abattages sont en hausse depuis sept mois consécutifs. Le ministère ne donne pas de chiffres comparatifs avec 2017, mais il est probable qu’il y ait un décalage de quelques mois par rapport à l’évolution du cheptel. Les chiffres des importations sur les trois trimestres 2020 restent d’ailleurs impressionnants : 3,2 milliards de tonnes de porc ont été achetées sur le marché mondial par la Chine, soit un volume supérieur de 132 % par rapport à la période correspondante de 2019. Tous les pays en ont profité, puisque la Chine a importé 100 millions de tonnes (Mt) de viande porcine en France au cours des sept premiers mois de 2020, alors que les exportations annuelles se montaient à 82 Mt en 2019 et 50 Mt lors des années précédentes.
Les principaux fournisseurs de la Chine, à profiter de l’envolée, restent tout de même les États-Unis (250 Mt en 2019), le Brésil (220 Mt), suivis du Canada, du Danemark et des Pays-Bas (plus de 150 Mt chacun). A noter, qu’en dépit de la guerre commerciale lancée par Donald Trump en 2018, la Chine a d’ailleurs poursuivi ses importations de viande de porc aux États-Unis en 2019, alors qu’elle a réduit considérablement ses achats de soja. Puis les accords signés entre Xi Jinping et Donald Trump en janvier dernier ont accéléré les flux. En 2020, les producteurs de porc américains s’attendent à un niveau d’exportations record. Depuis janvier, elles ont plus que doublé en valeur, à 1,7 milliard de dollars.

 

Tensions entre abattoirs et producteurs

La reconstitution du cheptel chinois et l’augmentation du volume d’abattage commencent à avoir des effets sur les prix. Le ministère chinois de l’Agriculture indique que les prix de la viande de porc ont baissé en septembre et octobre pendant sept semaines consécutives, et sont désormais inférieurs de 20 % à ceux de février, leur plus haut niveau de l’année.Il y a toutefois de fortes différences selon les régions, avec des tensions entre les abattoirs et les producteurs sur les prix de marché. À plus ou moins long terme, la remise sur pied du cheptel porcin aura aussi des répercussions sur les cours de tous les marchés mondiaux, même s’il ne s’agit que d’un facteur parmi d’autres, avec ceux de la désorganisation du marché européen suite à la découverte de la peste porcine en Allemagne, la crise du Brexit et bien sûr la crise de la Covid 19.

 

Les JA mettent en cause le cadran breton

Les JA ont transmis la semaine dernière un communiqué ou ils s'interrogent sur le fonctionnement actuel du MPB. 
"Depuis peu, le nombre de porcs commercialisésau Marché du Porc Breton est tombé à un niveau extrêmement bas mettant en péril le bon fonctionnement de cet outil indispensable !
Depuis quelques séances, le nombre de porcs vendus a chuté menaçant tout le système. Lors du marché du 12 novembre, seuls 14 065 porcs ont eu une enchère (sur 24 329 porcs présentés), alors qu'environ 380 000 porcs devraient être abattus. Comment établir une cotation fiable et non discutable avec seulement 3,7 % des animaux ?
Les organisations de producteurs apporteurs du MPB se sont engagés en 2015, à des apports minimums. La baisse constante des achats des abatteurs,entraîne une diminution de leurs quotas semaine après semaine,et aucune OP ne semble réagir ! "Nous devons nous battre pour maintenir une cotation transparente et unique pour l’ensemble des producteurs français. Tout le monde doit être responsable car les conséquences peuvent être dramatiques pour le maillon production"
.  /  Communiqué JA Bretagne

 

En France les cours fortement orientés à la baisse

porc

La note de conjoncture du MPB la semaine dernière souligne l'évolution dificile du marché : "Les situations des marchés du porc européens se sont nettement dégradées avec la mise en vigueur de confinement et de couvre-feux et par une concurrence toujours plus vive des viandes allemandes sur le marché intra-communautaire. Cela se traduit par des décrochages de prix du porc intervenus après de longue période de stabilité ou de série de baisses modérées. Seule, la référence allemande a été reconduite mais la tension s’accroît alors que les reports d’abattage grossissent de semaine en semaine pour avoisiner les 570 000 porcs en attente. Sur le mois d’octobre, les abattages ont baissé de 10 % par rapport à l’an passé. Aucune solution ne semble pouvoir être apportée à court terme. La crainte qui plane à présent sur le marché allemand est de voir les retards s’accumuler alors que la fin de l’année approche avec sa traditionnelle baisse d’activité qui pourrait générer un million de reports d’abattage !"
De plus, le peu de visibilité quant à la durée des restrictions (fermeture de restaurants …) a fortement réduit les carnets de commandes des entreprises de transformation. Faute de pouvoir exporter vers l’Asie, l’Allemagne inonde le marché européen de produits porcins à des tarifs ultracompétitifs.
Dans ce contexte de forte tension en Europe, le cours du porc au Marché du Porc Breton a perdu 4,6 centimes dans la semaine avec un cours moyen qui s’établit à 1,309 euro. Une première baisse de 1 centime lundi avait donné le ton et le nombre élevé de porcs sans enchère (30 % de la présentation) laissait craindre une nouvelle dégradation du prix à l’issue de la séance de jeudi. La vente a été effectivement très laborieuse avec des positions très orientées à la baisse pour la majorité des abattoirs. 8 791 porcs n’ont obtenu aucune enchère et ont été affectés aux abattoirs. 
La désorganisation des circuits de distribution, la perte de débouchés, la forte concurrence de viandes étrangères, le férié du mercredi 11 novembre, les contraintes sont nombreuses.
L’activité d’abattage a anticipé cette perte d’activité puisque 382 273 porcs ont été abattus tandis que les poids moyens ont, une fois de plus, repris 325 g à 95,72 kilos. Ils se situent cependant 630 grammes sous les poids de l’an passé à la même période (présence du vendredi 1er novembre 2019).

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