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Entre bien-être et biosécurité, la production porcine à l'heure des choix

D'un côté, la production porcine est tirée par l'exceptionnelle demande chinoise et investit dans la biosécurité et la remise à niveau des élevages vieillissants. De l'autre elle doit répondre à la demande sociétale sur le bien-être animal, qui se traduit par des exigences nouvelles souvent portées par la distribution. Des orientations différentes, qui pourraient bien segmenter davantage la production ?

"Même si il n'y a pas de réglementation européenne aujourd'hui, on sent bien que l'on va vers vers la mise bas en liberté", estime Éric Schetelat, responsable porcs chez Wisium.

"L'amélioration du bien être animal et la lutte contre la maltraitance animale étaient des priorités du gouvernement mais il ne faut pas dissocier le bien-être de l'animal du bien-être de l'éleveur", a insisté Didier Guillaume, lors d'une conférence de presse le 28 janvier pour présenter les quinze mesures du très attendu plan pour l'amélioration du bien-être animal. Parmi les mesures "majeures" annoncées pour fin 2021, l'arrêt de la castration à vif des procelets. Ce plan prévoit également que les financements de l’État soient dès à présent fléchés prioritairement vers les bâtiments qui favorisent l’expression naturelle des comportements des animaux d'élevage. Dans le cadre de la future PAC, la France négocie également pour conditionner les financements de bâtiments d’élevage à un certain nombre de critères en faveur du bien-être animal. D'autres mesures visent à améliorer les conditions de transport des animaux ou encore à mettre en place à l’échelle européenne l’étiquetage des modes d’élevage sur l’ensemble des produits. À l'image de ce qui a pu se passer pour les poules pondeuses, la transition de la filière se précise. Pour autant, comme le prédit Michel Bloc'h dans Agra du 20 janvier, "en porcs, je pense que 2020 sera surtout consacrée à la remise à niveau des bâtiments et à la biosécurité". Et le président de l'UGPVB d'insister : "La conjoncture est bonne, il faut investir massivement et moderniser les élevages".

On y va prudemment car on ne veut pas mettre en danger nos éleveurs

La demande chinoise

"Aujourd'hui, il y a une telle demande de viande en Chine que la priorité est de produire pour exporter, confirme d'ailleurs Jean-Christophe Roubin, directeur de l'agriculture chez Crédit agricole SA. La production alternative n'est pas la priorité des éleveurs, elle est beaucoup moins présente qu'il y a quelque temps". La question du bien-être n'en reste pas moins un axe de travail des acteurs de la profession. À l'image des travaux menés à la station expérimentale des chambres d'agriculture de Bretagne, Crécom. Apporter de la lumière, enrichir le milieu de vie, arrêt de la caudectomie, truies libres en maternité... Autant de leviers d'actions pour améliorer le bien-être. "Même si il n'y a pas de réglementation européenne aujourd'hui, on sent bien que l'on va vers vers la mise bas en liberté", estime Éric Schetelat, responsable porcs chez Wisium, interrogé en marge du forum Trans Porc'In (lire encadré). Toujours sur cette question, l'école du Nivot a mené une étude sur l'influence de trois types de cases sur la mortalité des porcelets par écrasement en maternité. Le retour terrain de cette étude fait apparaître des points positifs. À commencer par l'image de la maternité auprès du grand public. Mais aussi le comportement des animaux, grâce à la taille importante de la case, la propreté de la case facilitée par la bonne évacuation des déjections, et enfin l'accessibilité de l'intervenant à l'auge truie et porcelets. En revanche on note davantage de porcelets qui se perdent (refroidissement), un manque de visibilité et d'accessibilité pour la surveillance et l'intervention. Par ailleurs, la non surélévation de la truie rend l'accès de la mamelle plus délicate, la sécurité de l'intervenant peut être aussi mise à mal lorsque la truie est très maternelle et donc agressive. Et enfin, le temps de lavage est plus conséquent, en lien avec la surface.

 

Des investissements très lourds

Entre préoccupation des éleveurs et attentes sociétales, le décalage est encore important. La rapidité de la transition est pourtant une question cruciale pour les filières d'élevage hors-sol, pour le porc, comme les volailles de chair ou les œufs. Dans ces productions, le bien-être animal se joue largement dès la conception du bâtiment... Des investissements très lourds et amortis sur une quinzaine d'années. Avant de se lancer les éleveurs et leurs partenaires ont donc besoin de visibilité sur les débouchés. Du côté des coopératives, comme la Cooperl, "on y va prudemment car on ne veut pas mettre en danger nos éleveurs", répond son président Patrice Drillet. Porcs sans antibiotiques, mâles entiers... la coopérative aiguille ses adhérents "vers des segments qui nous semblent avoir de l'avenir". Une transition qui semble donc s'accompagner d'un marché qui tend vers la segmentation version "grand écart" avec d'un côté l'attente d'une production tournée vers l'export, et de l'autre une demande locale axée sur le bien-être.

 

Trans Porc-in', le forum des éleveurs

 

production porcine

Le forum technique Trans Porc-in, initié par la Cavac et organisé avec Agrial, la Cécab et Wizium à destination des éleveurs, se déroule tous les deux ans. Après une première édition sur le sevrage et l'innovation, une deuxième consacrée à l'engraissement, c'est tout naturellement que l'édition du 24 janvier a été consacrée à la gestion du cheptel reproducteur, à travers des thèmes transversaux comme la productivité, l'alimentation, le bâtiment, la conduite en maternité... Avec un objectif : que les éleveurs présents repartent avec une ou deux idées à réaliser dans leur élevage. Pour Éric Schetelat, responsable porcs chez Wisium, "les messages principaux de cette journée, c'est de ne jamais oublier les fondamentaux. Mine de rien, l'évolution des performances en production porcine est exceptionnelle. Cependant, l'écart entre les meilleurs et les moins bons continue de s'accroître". 
Après une matinée consacrée aux leviers de productivité et à l'alimentation, l'après-midi a donné lieu à plusieurs témoignages autour des cases de mise bas. Avec également une présentation sur la mise en place d'outils connectés. "Nous avons testé un boîtier connecté dans six élevages avec des capteurs sur la température, l'humidité, l'index de stress thermique, l'ammoniac, le dioxyde de carbone...", explique Éric Schetelat. Première conclusion : si l'outil est facile à utiliser...les informations sont transmises par wifi... ce qui signifie qu'il faut avoir de la connexion et c'est loin d'être une évidence partout encore. Sur les températures, les résultats montrent que les conditions sont rarement optimales pour l'appétit de la truie et la production laitière. La limite de 24°C est ainsi constamment dépassée, y compris hors période estivale. On voit donc l'intérêt du cooling ou des niches pour les porcelets.

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