Aller au contenu principal

La conversion bio se deroule-t-elle toujours comme prevu ?

Audrey Guillaume, stagiaire à la chambre d’agriculture, a analysé les trajectoires de vingt exploitations laitières récemment converties en bio et mesuré les écarts avec les prévisions initiales. Premier constat : des éleveurs ravis,  qui regrettent seulement de n’avoir pas franchi le pas plus tôt.

Échanger avec d’autres éleveurs en conversion permet de lever des craintes avant d’aborder de nouvelles pratiques.

Fin 2015 - début 2016, les éleveurs enquêtés sont à la tête de systèmes conventionnels classiques, des structures de taille familiale moyenne pour la Bretagne : 65 vaches et la suite pour une production laitière de 456 000 l sur 94 ha. Dans un contexte de baisse du prix du lait conventionnel, ils s’interrogent sur l’opportunité d’une conversion en agriculture biologique et demandent au conseiller de la chambre d’agriculture de réaliser un Pass’Bio. Il est intéressant de regarder dans le rétroviseur et de tirer les enseignements de ces trajectoires de conversion.

 

Davantage de prairies

Au départ, pour la moitié des producteurs interrogés, "l’herbe représentait déjà une part non négligeable de la ration" et ils avaient déjà "une certaine expérience dans la gestion de l’herbe". Pour les autres, la transition de la ration maïs vers l’herbe a été plus radicale avec la période de conversion vécue comme une période de "rodage" en gestion du pâturage. Encore plus que dans les prévisions, l’assolement fait, après la conversion, une très large place à la production fourragère (1). Les éleveurs mettent l’autonomie alimentaire au cœur de leur projet. Les surfaces en cultures de vente sont remplacées par l’implantation de prairies. Par contre, les éleveurs conservent une surface en maïs plus importante que prévu, comme une garantie d’avoir des rations hivernales suffisamment riches. Malgré des craintes au démarrage de passer au désherbage 100 % mécanique, les rendements en maïs ont été "à la hauteur de leurs attentes", sauf dans quelques secteurs séchants du sud Morbihan ou d’Ille et Vilaine. La betterave est arrêtée en raison d’une trop forte concurrence des adventices. L’arrêt des apports d’engrais chimique sur les parcelles d’herbe a entrainé une baisse de rendement pour le tiers des exploitations.

 

Moins de lait par vache

Pour les producteurs, il était déjà difficile d’anticiper une forte diminution de la production laitière individuelle en passant de 7 050 litres par vache à 5 700 litres dans le projet. En réalité, c’est encore plus, avec 1 800 litres de lait de moins en moyenne (de 0 à -3 500 litres suivant les élevages) pour une production en bio de
5 250 litres par vache. La moitié des producteurs a augmenté le nombre de vaches laitières, en gardant toutes leurs génisses pour palier la baisse de quantité de lait livré lorsque les surfaces disponibles au pâturage et les rendements le permettaient. Les autres ont gardé le même nombre de vaches et accepté cette baisse de volume. Certains ont modifié la période de vêlage "en les calant sur la pousse de l’herbe", d’autres ont travaillé sur des prairies multi-espèces pour allonger la période de pâturage et ainsi moins subir les aléas météo. Le niveau de chargement est conforme aux prévisions et passe de 1.4 à 1.2 UGB/ha. Les éleveurs, face au prix élevé des correcteurs azotés, ont fortement limité les achats et utilisent de préférence des mélanges céréaliers autoproduits.

Le scénario retenu était finalement encore trop intensif. Je me suis prêté au jeu en diminuant le plus possible la part de concentré dans la ration.

Davantage de rentabilité

Les quantités de concentrés par litre de lait sont divisées par deux. Le coût alimentaire est ainsi plus faible que dans les prévisions. En moyenne, les producteurs livrent 343 000 litres de lait par an, soit 18 % de lait de moins que leur dernière année en conventionnel, mais un peu plus que les prévisions (1).
La bonne surprise vient des résultats économiques. Ils sont en moyenne supérieurs aux prévisions même les plus optimistes. Grâce au prix du lait biologique et à la maitrise des charges opérationnelles, la marge brute de l’atelier lait est supérieure de 38 000 € à la dernière année en conventionnel. La perte de marge sur les cultures de vente est largement compensée. L’Excédent brut d’exploitation progresse de 40 % et dépasse les 100 000 € en moyenne. De nombreux producteurs jugent que l’étude Pass’Bio est prudente, "un brin trop prudente" au niveau du résultat économique, mais soulignent que personne ne peut prédire l’évolution des marchés. Ils ne pensaient pas que "l’EBE allait autant progresser". En majorité, ils sont satisfaits d’avoir dépassé les objectifs qu’ils s’étaient fixés au démarrage.
Afin de sécuriser leur conversion, les vingt producteurs ont tous mis en avant l’importance de partager les expériences. Ils ont tous participé à des groupes d’échanges, des portes ouvertes, des rendez-vous techniques afin de disposer de nouvelles références, mais surtout de rencontrer d’autres producteurs et ainsi partager "les trucs qui marchent et ceux qui ne marchent pas...".

Lait bio

Avis des éleveurs sur le Pass’Bio

Le Pass’Bio diagnostic est une "étude indispensable au passage en bio". Cette simulation complète permet de "se projeter dans le projet de conversion" et d’avoir concrètement "sur papier" les besoins en fourrages, les rotations à prévoir, l’assolement et surtout un prévisionnel économique sur 2 ans de conversion et 3 ans en bio. Cette "bonne base de travail" aide à "se mettre en confiance sans lourdeur administrative". Le conseiller bio de la chambre d’agriculture maitrise bien les références technico-économiques et parfois il est difficile de se projeter avec autant de lait en moins. En étudiant au moins deux hypothèses, cela éclaire sur le scénario le plus judicieux à suivre. Le challenge ensuite est de faire mieux que les prévisions !

 

Paroles d'éleveurs : "Qu'est-ce qui vous fait dire que votre conversion est réussie ?"

Pour 90 % des enquêtés, la première réponse est empreinte d’émotion. "Je suis mieux dans ma tête et nous sommes heureux en famille". Ils l’expliquent par une baisse de la charge mentale. "J’avais tout le temps la tête dans le guidon", "je ressentais une pression en conventionnel, toujours faire plus et aller plus vite". Certains notent une amélioration de l’ambiance familiale. "J’arrive à me dégager du temps pour ma famille en me faisant remplacer".  "Mes enfants me posent des questions sur ce que je fais, car ils me sentent épanouie et motivée dans mon métier. J’ai quelque chose de bon à leur transmettre". Ils redécouvrent le plaisir de leur métier d’agriculteur et en sont fiers. "Je suis enfin en phase avec ce que je suis et finalement j’étais un peu bio dans ma tête sans me l’avouer". L’autonomie financière, qui s’améliore dans plusieurs fermes, est également une satisfaction importante. "Je suis enfin payé du travail que je fais". "Je peux payer mes factures en temps et en heure" ou encore "j’arrive à dormir des nuits complètes". Ils subissent moins "le discours des technico-commerciaux". Ils n’ont aucun regret hormis peut-être "celui de ne pas avoir franchi le pas avant".

 

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

"La délégation de travail accompagne les mutations agricoles"
Élodie Gapihan travaille au Crédit Agricole d'Ille-et-Vilaine. Elle est la seule chargée d'affaires en France, à suivre…
ETA Guillon-Barbot : l'innovation pour modèle économique
Depuis 1977, l'ETA Guillon-Barbot à Vitré (35) fait de l'innovation sa marque de fabrique avec une philosophie qui se veut simple…
"L'épandage sans tonne, c'est l'avenir !"
L'ETA Guégan à Saint Onen La Chapelle (35) a inauguré cette année son "épandeur sans tonne avec rampe à patins". Une première…
OP et AOP seront au cœur de la PAC de 2023
Les organisations de producteurs, Op et les associations entre elles AOP, seront au cœur de la future PAC. Elles pourront…
L’observatoire du coût de revient : "faire œuvre utile"
Apporter sa pierre à l’édifice pour la prise en compte du coût de revient des adhérents dans la construction du prix du lait, c’…
Le projet Egalim II du député Besson Moreau est sur la table
Le député LREM de l’Aube Grégory Besson-Moreau a enfin divulgué sa proposition de loi sur les relations commerciales dans le…
Publicité