Terra 06 décembre 2018 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Face à l’émotion de l’image, en appeler à la raison

Si elles dénoncent souvent l’inacceptable, ces images de maltraitance font aussi très mal, instrumentalisées par des associations de défense animale pour écorner la légitimité de l’élevage. Elles jettent le discrédit sur une profession agricole qui se sent dénigrée et qui a pourtant sa place, tout comme l'élevage. Il faut l’expliquer et le démontrer. C'est la thèse de Marie-Gabrielle Miossec, journaliste spécialiste des questions d’agriculture et société.

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Marie-Gabrielle Miossec, journaliste spécialiste des questions d’agriculture et société à la France Agricole.
Marie-Gabrielle Miossec, journaliste spécialiste des questions d’agriculture et société à la France Agricole. - © Terra

"Il ne s’agit pas de donner des leçons mais de l’info. Il est urgent que les professionnels agricoles aient à disposition des éléments de réflexion solides face aux arguments des associations abolitionnistes". C’est l’analyse que fait Marie-Gabrielle Miossec, ancienne journaliste de la France Agricole, auteure de hors série dont "Réponses à ceux qui veulent abolir l’élevage". Elle l’a étayée le 27 novembre dernier lors de la dernière session de la chambre d’agriculture du Morbihan consacrée à l’image de l’agriculture et du métier. L’arrêt sur image s’impose donc pour faire retomber l’émotion, en appeler à la raison pour "comprendre les ressorts de ces attaques et savoir comment réagir", ce que les élus agricoles ont jugé primordial d'aborder.

 

Activité stratégique et de confiance

Le poids des mots avant le choc des photos, la journaliste spécialiste des questions d’agriculture et société a donc fait sa revue de presse, repérant dans le lexique des titrailles, là où penche la balance, en faveur ou non, de l’agriculture. "Quand on trouve les mots circuit-court, bio, femme, cheffe d’exploitation, l’article est favorable. Mais pas quand on trouve les mots pesticides, hors-sol, maïs, OGM, robot… Est-ce un réflexe de Pavlov", interroge-t-elle. Pourtant, les sondages le montrent : "L’agriculture est le secteur d’activité jugé le plus stratégique et important par les Français, à 92 %, juste derrière l’énergie (93 %)", resitue-t-elle en s'appuyant sur les résultats d'un sondage Ipsos d’octobre 2018. La même enquête fait apparaître que deux tiers des Français font confiance à la qualité de l’agriculture nationale, même si un tiers se déclarent méfiants. "C’est un secteur capital, la confiance est importante, le niveau se situe entre la police et l’école quand les médias arrivent à 24 %, en bas". Mais ce qui coince, "c’est le mode de production, il est remis en cause. Les agriculteurs sont appréciés, leurs techniques de production le sont moins… notamment conventionnelles". Jusqu’à remettre en cause, par le biais de la protection animale, la légitimité même de l’élevage par des groupes, notamment abolitionnistes, minoritaires. Et attention à l’impact des messages véhiculés par les minoritaires et leur ressort "de négativité" sur le psychisme, aura rappelé en substance Jacques Fischer, maître de conférence en psychologie sociale qui rappelle "qu’à l’origine, les religions sont toutes issues de groupes minoritaires".


Répondre aux attentes

À bas bruit d’abord, la question du bien être-animal s’est immiscée dans un débat désormais public. Elle a conduit en 2015 à modifier leur statut : les animaux sont des "êtres sensibles". Car la connaissance de l’animal par le grand public a muté avec l’évolution d’une origine sociale qui n’est plus rurale. "Elle se fait aujourd’hui par l’animal de compagnie. Les abolitionnistes s’appuient sur cette sensibilité et leurs outils sont les réseaux sociaux", redoutablement efficaces. Partant du principe que seul "ce qui est filmé existe, ils mettent en ligne des images d’élevages ou d’abattoirs qui ont dérapé, en difficulté. Ils ont trouvé des journalistes les relayant donnant l’impression que les grands médias leur sont acquis". Pour autant l’étude Accept menée durant quatre ans par les trois instituts techniques* des filières animales sur les profils de citoyens, montre qu’il est vain "de se focaliser sur les végans et les végétariens, 2 % de la population. En revanche 51 % des citoyens disent ne pas bien connaître l’élevage et demandent des explications pour comprendre", insiste-t-elle. Gage d’acceptabilité, il faut leur donner ces explications. "Mais attention, les agriculteurs ont des réponses techniques ou scientifiques, des domaines qui engendrent une vraie défiance du public". Agriculteurs et professionnels doivent donc disposer d’informations solides, factuelles et argumentées, "pour répondre, montrer les actions de la profession qui agit et avance et fait évoluer l’élevage". Et si les éleveurs peuvent être dans des contradictions, les consommateurs le sont aussi aussi car, en dernier ressort, "c’est le porte monnaie qui gouverne l’acte d’achat pour 71 % d’entre eux".

*Ifip,Idele,Itavi

 

 

Que veut le citoyen consommateur


51 % de progressistes
: ces citoyens connaissent mal l’élevage mais sont de plus en plus intéressés par le sujet et se disent préoccupés par la manière dont sont produits les aliments qu’ils consomment. Ils ne s’opposent pas à l’élevage en général mais souhaitent voir les pratiques progresser sur les conditions de vie des animaux et les impacts environnementaux.

24 % d’alternatifs : ils souhaitent la fin des systèmes d’élevage intensifs et le développement des modèles alternatifs, ils envisagent de consommer moins de viande et des produits "bons à penser".

10 % de compétiteurs : ils se déclarent satisfaits de l’élevage actuel, qu’ils connaissent bien et mettent en avant l’importance de la compétitivité et des exportations pour l’élevage français.

10 % de non classés : ne ressemblent à aucun groupe.

3 % sans avis : ne connaissent pas et ne s’intéressent pas à l’élevage.

2 % d’abolitionnistes : ce profil majoritairement jeune et féminin ne consomme pas de produits animaux par conviction. Les abolitionnistes souhaitent la fin de l’élevage. Pour eux, il est immoral d’élever et de tuer des animaux pour les manger.

 

Source Accept Novembre 2017, à retrouver sur http ://accept.ifip.asso.fr

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