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Cultures 2019 en Bretagne : quel bilan tirer

Quel bilan tirer de la campagne culturale 2018-2019 ? De la microéconomie bretonne des groupes cultures animés par la chambre d’agriculture, à la macroéconomie mondiale, tentons d’en tirer les principaux enseignements.

L’écart de coût est de 47 €/ha entre des semences de ferme et semences achetées. Ceci représente un levier important d’économies lorsque la surface de blé est significative sur l’exploitation.

Alors que la nouvelle campagne culturale a démarré sur un scénario climatique une fois de plus atypique, avec des pluies quasi continues depuis novembre dernier, que retenons-nous de la récolte 2019 ? Quel bilan économique les agriculteurs peuvent-ils tirer de cette campagne ? C’est la question que se sont posés 9 groupes animés par des conseillers en agronomie de la chambre d’agriculture de Bretagne. Ces groupes sont portés par des structures comme les GVA, les Geda ou les comités de développement et les antennes chambre d'agriculture dans le cadre des bassins versants, ou encore engagés dans une démarche Écophyto. À l’issue d’une campagne d’accompagnement par un conseiller ou une conseillère de la chambre d’agriculture, chaque agriculteur renvoie une ou plusieurs fiches parcellaires qui récapitulent les interventions culturales, les prix des intrants et des données concernant la récolte. Le groupe se retrouve ensuite en réunion en fin d’année pour échanger autour de ces données et dégager des pistes d’amélioration pour la campagne suivante. Nous détaillons ici les données concernant le blé et le maïs.

Rendement
Le rendement moyen en blé en Bretagne en 2019 est de 80 q/ha.

Blé 2019 : rendement et prix au rendez-vous
Portons tout d’abord un regard panoramique sur la situation mondiale. Après la mauvaise récolte de 2018 fortement impactée par la sécheresse en Europe, la production mondiale de blé 2019 retrouve un niveau normal, même si la production russe notamment déçoit. Du côté français, les céréaliers ont le sourire grâce à une production de blé affichée à 38,2 Mt selon Agreste. En Bretagne, le bilan des moissons est jugé très bon en blé, moyen en orge et colza. Malgré une fin de cycle cultural chaude et les faibles pluies sur la campagne, les rendements sont estimés à 80 q/ha en blé, 73 q/ha en orge et 36 q/ha en colza. La canicule de fin juin n’aura donc que très peu impacté les cultures d’hiver. Du côté des prix, on enregistre deux mois de baisse sous la pression de la moisson en juillet et août, puis pratiquement 5 mois de hausse jusqu’à aujourd’hui, avec un prix du blé qui s’est approché deux fois de la barre des 200 €/t sur le marché à terme. Cette hausse trouve son explication dans le dynamisme des exportations françaises et européennes vers le Maghreb et Proche-Orient, ainsi que dans la situation en Australie, marquée par une sécheresse puis par les terribles incendies. Deux autres événements à effets contraires sont intervenus du côté de la Chine : la signature mi-janvier d’un accord partiel sur le conflit commercial avec les États-Unis, sensée redonner du souffle au marché mais dont les effets sur la hausse des prix sont restés modestes, et le coronavirus qui a rapidement fait craindre un ralentissement de l’économie mondiale et de la demande chinoise, donc un effet négatif sur les prix des céréales. Ainsi, globalement en blé, la combinaison de bons rendements et de prix soutenus depuis la récolte conduira à des marges brutes satisfaisantes. Le marché du maïs grain ne suit pas la tendance du blé, alourdi par les bonnes récoltes annoncées au Brésil et par le manque de dynamisme des exportations américaines.

Les mélanges variétaux progressent
L’échantillon de données dont nous disposons en blé se compose de 68 fiches parcellaires, soit environ 1 000 hectares. Depuis 3 ans, labour et non labour se partagent l’échantillon à parts égales, même si en 2018 les deux tiers des parcelles avaient été implantées sans labour. On ne constate pratiquement pas d’écart de coût de désherbage entre les parcelles en labour et celles non labourées : respectivement 65 €/ha et 62 €/ha.
Sur le poste "semences", les semences de ferme dominent avec 60 % des situations pour 40 % en semences achetées, tandis que beaucoup optent pour une stratégie semences de ferme avec 20 à 30 % de renouvellement par des semences certifiées. En moyenne depuis 3 ans dans notre échantillon, l’écart de coût est de 47 €/ha : 45 €/ha en semences de ferme et 92 €/ha en semences achetées. Ceci constitue un levier important d’économies lorsque la surface de blé est significative sur l’exploitation. La dépense moyenne en semences certifiées a baissé au semis 2018 suite à la suppression des traitements de semences à base d’imidaclopride : 83 €/ha en moyenne, alors qu’elle était de 103 € par exemple en 2017.

1038 €/ha de marge en blé.

Le semis de mélanges de variétés de blé est une pratique qui se développe : il passe de 34 à 48 % des parcelles du semis 2017 au semis 2018. Lorsque l’on compare les dépenses fongicides sur les 2 types de stratégies, variété unique et mélange de variétés, on constate très peu d’écart : 72 €/ha en 2019 pour les mélanges contre 76 €/ha pour les variétés uniques. Même constat en 2018. Même si l’échantillon restreint de données ne permet pas une analyse très fine, il semblerait que la rusticité des mélanges face aux maladies du blé ne soit pas complètement mise à profit pour économiser significativement les fongicides.
Le poste "engrais" 1 reste stable depuis 3 ans : 114 €/ha en 2019 pour une dose moyenne de 144 uN, soit un coût moyen de l’unité d’azote de 0,80 €. La dépense en herbicides reste aussi remarquablement stable depuis 7 ans, autour de 60 €/ha, avec 62 €/ha en 2019, ceci malgré le basculement d’une majorité de stratégies vers des interventions d’automne suivies de rattrapages sortie hiver. La dépense moyenne en fongicides s’établit à 71 €/ha en 2019. La stratégie à 2 traitements domine, comme en 2018 2. Le traitement unique reste stable avec 18 % des situations, tandis que 24 % des parcelles suivies ici ont reçu 3 traitements en 2019. Hormis cas de rouille jaune précoce, il est probable que des économies en fongicides étaient possibles dans ces situations, vu la faible pression septoriose en 2019.

La meilleure marge des 7 dernières années
Le rendement moyen de notre échantillon est de 80 q/ha, exactement comme la moyenne bretonne. Les marges brutes ont été calculées avec un prix moyen de 170 €/t, qui reflète la hausse des prix intervenue depuis début septembre 2019. La marge brute moyenne obtenue pour la récolte 2019 est de 1 038 €/ha3, soit la meilleure marge des 7 dernières années.
La figure illustre pour les récoltes 2018 et 2019 la relation entre le résultat économique de la culture du blé (marge brute) et l’indicateur d’utilisation des produits phytosanitaires, l’IFT (Indice de Fréquence de Traitement). Comme l’année dernière, on n’observe aucune corrélation entre ces 2 indicateurs. Autrement dit, il n’est pas nécessaire d’investir de doses élevées de produits phytosanitaires (donc un IFT élevé) pour obtenir une marge brute élevée. On observe notamment 30 % des cas (rectangle vert) qui obtiennent à la fois une marge brute supérieure à la moyenne et un IFT inférieur à la moyenne. Ce sont ces situations qui ont la meilleure performance économique et environnementale.

cultures 2019

Maïs 2019 :  20 € d'íintrants pour 1 t MS
Le poste "semences" constitue toujours la principale dépense d’intrants en maïs. Elle a assez nettement baissé de 2018 à 2019 dans notre échantillon (63 fiches parcellaires) : de 194 € à 168 €/ha. Ceci s’explique par le retrait des traitements de semences à base de néonicotinoïdes (dont le Sonido - thiaclopride) qui renchérissait le coût des semences. En parallèle, le poste "insecticides" augmente pour représenter 10 €/ha en 2019 : les agriculteurs ont eu davantage recours aux microgranulés insecticides au semis. Le poste "herbicides" est globalement stable avec 70 €/ha. L’IFT herbicides moyen est de 1,52 dans notre échantillon, pour une référence régionale de 1,70. 63 % des situations sont en dessous de la référence bretonne. Au total, les charges d’intrants en maïs se montent à 278 €/ha, soit 20 €/t MS pour un rendement moyen de 13,8 t MS/ha . En grain, le rendement moyen est de 90 q/ha ce qui donne une marge brute de 802 €/ha pour un prix de vente net de séchage de 120 €/t.

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