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Gestion mécanique sur adventices de prairies

Parce que l’herbe, quand elle est pâturée, permet de produire le lait le plus économique, le pâturage connaît un regain d’intérêt chez bon nombre d’éleveurs. Mais comment lutter sans herbicides contre rumex, chardon et autres vivaces adventices qui s’y développent ? La gestion mécanique et les moyens de lutte préventifs ont fait leurs preuves*.

 

"C’est par l’échange avec les collègues que les choses se sont faites et qu’on avance, ça permet de moins appréhender les changements de cap", glissent, convaincus, Catherine et Gwénael Le Clézio.

 

Prairies pour plus d’autonomie

Les 80 montbéliardes du couple, en Earl à Kergrist (56), pâturent 67 hectares (dont 15 de luzerne pour la fauche) des 90 de SAU de cette exploitation limitrophe des Côtes d’Armor. La conversion en bio est effective depuis le 15 mai dernier. "On ne cherche pas la performance" précisent-t-ils pointant une moyenne d’étable stable : 6 500 l/VL. "Nous y sommes allés tranquillement, progressivement, grâce à l’échange", assure le couple investi dans les groupes de développement, participant à ceux en lait et lait bio que Catherine préside à Nov’agri (ex GVA). Lui s’est installé en 1991, elle l’a rejoint en 2006. "Nous avons alors repris du lait, rien que du lait, puis arrêté notre atelier de cochons sur paille puis les petits pois", décrivent-il de cette spécialisation laitière. Leur référence est de 550 000 litres, elle rime "avec l’objectif d’être de plus en plus autonomes, nous avons souscrit une MAE 28-55 en 2016. On est au delà". Un échange de 11 ha de parcelles va leur permettre de mieux regrouper les prairies autour de la stabulation dont 35 ha sont déjà directement accessibles, bientôt 46. "Nous allons ainsi passer de 35 ares par vache à 45, on va être plus à l’aise", apprécient-ils. Une autonomie qu’ils peaufinent avec 7 ha de méteil récolté en grain puis après deux fauches en vert "cela fait une belle pâture maintenant". S’ajoutent 12 ha de maïs, "on a fait une fois du désherbage mécanique en faisant appel à la Cuma avant de se lancer", et quatre ha de blé.

 

La fauche pour épuiser les vivaces

Reste la gestion du "salissement" sur prairies. "On en avait avant (le passage en bio), du rumex, du petit et grand chardon. On copiait sur les bios. Nous faisons du topping (lire encadré). Nous fauchons les refus", pointent-ils depuis leur parcelle, s’interrogeant sur la conduite à tenir pour venir à bout de ces vivaces. Gérer par le pâturage ou par la fauche ? La question se pose, "les plantes vivent la fauche comme une agression. Elles mettent en place des mécanismes de défense. En revanche, au cours des siècles, elles se sont adaptées au fur et à mesure des temps au pâturage. Alors, pour en venir à bout, il faut préférer la fauche au maximum pour épuiser leurs réserves", préconise l’animatrice du Civam.

 

En préventif aussi

Agir préventivement est indispensable. "Avant semis, je fais un faux semis et je tasse", note un des participants. "Assurer la bonne couverture du sol est aussi nécessaire, par un semis à la volée, un semis sous couvert est aussi possible", ajoute Julie Audren, conseillère lait de la chambre d’agriculture. Pour limiter l’introduction des graines, mieux vaudra utiliser des semences triées, composter les fumiers, surveiller les bords de champ, faucher, implanter des haies. La luzerne fauchée, à cause de ses racines profondes est "un levier connu pour la gestion du chardon et du laiteron, un méteil dense concurrencera les rumex et les limitera", précise la conseillère. Et c’est par la graine que se propage le rumex, couper, exporter et brûler les hampes est indiqué. Suivant le niveau d’infestation, il faudra faire varier la stratégie : "la fauche les épuise". Contrairement au rumex, le chardon des champs, vivace à drageons , se multiplie essentiellement par multiplication végétative, par tâches qui s’élargissent. Ses racines sont porteuses de réserves et d’organes végétatifs. Pour en venir à bout, "le déchaumage est efficace par épuisement des réserves à condition de multiplier les passages espacés de 10 à 30 jours. Il faut bannir le chisel et les outils à dents droites, la herse rotative. Un travail superficiel est suffisant", note Julie Audren. Luzerne, trèfle et prairies, coupés régulièrement sont efficaces pour en venir à bout.

Claire Le Clève

 

légendes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Légendes : Le sénéçon jacobée est toxique pour l’homme et les animaux, sa fauche régulière à la floraison permet de s’en débarrasser.

Ses hautes hampes florales sont reconnaissables facilement.

 

*ont démontré Chambre d’agriculture et Civam lors d’une journée programmée et financée dans le cadre du Contrat territorial du Blavet morbihannais organisée par Nov’agri avec la Chambre d’agriculture et le Civam.

Vous avez-dit topping ?

Fauche de pré-pâturage, fauche-broute ou topping… Les dénominations diffèrent mais la technique consiste à maîtriser la montaison des graminées en fauchant les prairies juste avant de les faire pâturer. Elle a ses adeptes et vient du Royaume-uni et de Nouvelle-Zélande. Elle permet de maîtriser les épis et de faire consommer les refus potentiels. A une période cruciale de la gestion de l’herbe (à la fin du printemps quand la pousse de l’herbe est importante, gérer l’épiaison est parfois ardu), les éleveurs la pratiquant y trouvent de nombreux avantages, dont celui de repartir "du bon pied " (à lire dans Terra N° 639, article d’Isabelle Paillier en date du 25 mai 2018, page 41)

 

Apprenez le langage des fleurs

Elles sont de vrais indices sur l’état des praires, les fleurs qui s’y développent.

Ainsi, la porcelle ou le liondent d’automne (ou léontodon) sont synonymes de surpâturage. La pâquerette vivace adore les prairies riches en matière organique et surexploitées. La fétuque rouge indique une dégradation de la fertilité du sol et un appauvrissement comme la flouve odorante et la centaurée des près qui raffolent des prairies maigres. La petite oseille indiquera l’acidification, le brome mou, une fauche trop tardive, le pâturin annuel, un tassement... Quant au pissenlit, il ensoleille les sols humifères et révèle la fertilité du sol.

 

Sénéçon, attention toxique !

 

Sur leurs hautes hampes florales, les pétales jaunes du sénéçon jacobée ne passent pas inaperçus dans les champs et bords de routes. La beauté du diable pour ces plantes bisannuelles qui, contenant des AP, alcaloïdes pyrrolizidiniques, sont toxiques pour les hommes et les animaux. Leur ingestion conduit inexorablement à l’empoisonnement et une mort lente, au bout de quelques mois. La lutte contre sa présence est donc obligatoire, d’autant que son aire de répartition s’élargit. Portée par les vents, les graines parcourent de grandes distances. Un conseil, celui de la lutte ciblée : le couper tôt avant l’égrainage pour empêcher la formation de stock de graines dans le sol et le mettre hors de portée des animaux. Le sénéçon jacobée peut être combattu par la fauche régulière lors de la floraison mais attention, s’il s’établit, la lutte contre cette plante prend des années.

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