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Écrêtage du pic printanier de  production laitière, l’heure du bilan ?

La crise sanitaire de la Covid a bouleversé l’environnement laitier dont les clignotants s’affichaient pourtant au vert, et ce stress, "tout le monde prédisait la crise". Un état post-traumatique pour la filière laitière ? C’est donc de conjoncture laitière dont il a été en partie question en préambule à la journée laitière, très technique, une première, que la FDSEA du Morbihan organisait le 1er juillet dernier à Sulniac (56). Retour sur des éléments d’un contexte encore très incertain pour en tirer leçon.

La crise sanitaire du Covid a rebattu les cartes en terme de perspectives sur le prix du lait.

A six, ils sont bien occupés sur ce Gaec laitier du Rendez-vous où 135 laitières donnent 1,3 million de litres de lait sur 213 ha répartis sur trois communes. Un Gaec familial, celui des Luherne, autour des parents, les trois fils et la fille, jeune apprentie. A l’entrée, la pancarte de la route du lait, estampille de Sodiaal. Ce qu’ils aiment ? "S’occuper de nos animaux et des cultures pour les nourrir. Le minimum, c’est que nous gagnions notre vie. Le minimum syndical, c’est de défendre ce métier", dont acte sur les engagements de Marie-Andrée Luherne, la maman, en charge du dossier lait à la FRSEA. Quelles perspectives donner aux éleveurs ? "Il y a du bon et du moins bon", répondra Guillaume Bourge de la FRSEAO. Une réponse mitigée et étayée.

La Bretagne a particulièrement participé à cet effort collectif

Coté monde
Car les effets du Covid se poursuivent avec des conséquences sur l’échiquier mondial. "Les importations chinoises qui ont été en net repli pèsent sur les marchés mondiaux". Avec le confinement, les éleveurs laitiers américains ont été contraints de jeter à la fosse une partie de leur lait, faute de débouchés notamment dans la RHD dû au confinement, situation redoutée ici et qui n’a pas eu lieu.
Et la situation pour les éleveurs laitiers d’outre-atlantique ne s’est pas améliorée, amplifiée par des problèmes logistiques avec des cours à la baisse. Même souci en Australie.
En Europe, les collectes française, allemande et polonaise, se sont tassées en avril. "Parallèlement, le stockage privé pour les fromages, beurre, poudre, a joué, pour les autres pays européens. La France n’a fait aucune demande pour la poudre, et sur près de 5 880 tonnes demandées en fromage, elle n’a consommé que le tiers de son quota maximum".

Consommation de lait, retour à la normale
"La valorisation a été assez faible pour la poudre de lait écrémée et le beurre", constate, ces derniers temps, ce spécialiste qui note une valorisation beurre/poudre de 276 euros des 1 000 l. "Ce niveau pèse dans les formules de prix malgré le rééquilibrage des mix produits en faveur des produits de grande consommation, PGC, en France où le marché continue à être dynamique". Côté consommation de lait, le retour est à la normale. Côté export, si avril est à la baisse (-4 %), le début d’année est correct. Reste que la collecte française a poursuivi son recul sur le mois de mai et début juin, "les bassins laitiers de l’Ouest sont concernés et plus particulièrement la Bretagne avec en semaine 24 un recul de 3 %".

Aides compensatoires
Face aux risques de modification des modes de consommation, la filière française laitière a craint une saturation de ses outils industriels tandis que le pic de production annuel jouait à plein, profitant de la pousse de l'herbe. "L’interprofession s’est donc mobilisée pour apporter une réponse à la crise en déployant un dispositif d’aide compensatoire de baisse de production". Ce sont 22 000 exploitations qui ont contribué à cet effort (lire encadré ci contre), soit 40 % des éleveurs français et 48 millions de lait non produits sur le mois d’avril "avec une aide à hauteur de 320 euros des 1 000 litres". Une baisse conjoncturelle et en face, un fonds, financé par le CNIEL qui a représenté 15,48 millions d’euros. "La Bretagne a particulièrement participé à cet effort collectif", note Guillaume Bourge avec une aide débloquée pour la Bretagne de 3,5 millions d’euros, "23,5 % du budget total, quand elle contribue à 22,8 % de la collecte nationale".
La crise a donc été passée, "on n’a pas observé de chute catastrophique de prix , même si ce n’est pas le prix qu’on espérait".

Rouge ou vert ?
Un prix qui ne correspond pour autant pas aux perspectives d’avant Covid que laissaient entrevoir les négociations avec les GMS : elles s’étaient révélées plutôt positives. Positifs également le report sur le lait de consommation et l’attrait sur l’Emmental des consommateurs français, positifs encore marché et collecte mondiaux ralentissant sur le même pas de temps que la collecte française. Des éléments favorables contre-balancés par une chute des cours des produits industriels et un décalage sur le prix B,"ça va peser, cela aura un impact", ne cache pas Guillaume Bourge. Quel devenir de la Mozzarella non consommée qui va faire sa réapparition sur les marchés et avec quelles conséquences sur les prix ? Quel impact, malgré les EGA, du discours de certains distributeurs de revenir à des prix bas ?
"Il y a du positif et du négatif, difficile de donner une perspective de prix. On observe une grande prudence des entreprises avec un prix A pour juillet de 320 à 325 euros des 1 000 l", envisage-t-il avec un prix moyen au premier semestre 2020 équivalent au premier semestre 2019.

Reste des éléments qui inquiètent. "On a l’impression que l’argent gagné par nos coopératives repart et qu’on a que les miettes du gâteau", lance un des participants, "et les privés s’alignent par le bas", renchérit un autre.

Un bien mauvais signal en matière d’attractivité du métier pour Marie-Andrée Luherne qui dénonce une autre tendance alarmante, elle structurelle. "Pour la première fois, entre mars 2019 et mars 2020, on observe une baisse moyenne de la production laitière de 2,2 % dans les quatre départements bretons, plus importante dans le Finistère et le Morbihan. Cette situation devrait commencer à inquiéter les laiteries".


 

Marc Jourdain
Marc Jourdain

"Bon sens" et "réactivité"

En avril, Marc Jourdain, producteur de lait à Maël-Carhaix dans les Côtes d'Armor a réduit volontairement de 5 % la production de lait de son troupeau de 120 vaches. L'équivalent de 4 500 litres. Pour éviter l'engorgement en lait pendant le confinement, l'interprofession a proposé une mesure franco-française de réduction volontaire du lait, entre 2 et 5 %, compensée à hauteur de 320 €/1000 l et gérée par les laiteries. Un coup d'oeil à son tableur excel qui enregistre les chiffres vache par vache, au jour le jour, le gestionnaire valide le principe. "C'est le bons sens qui m'a fait opter pour cette démarche. C'était possible pour moi, cohérent financièrement avec moins d'animaux à traire. Et la laiterie qui gère, ça aussi, c'était du bon sens administratif", justifie l'éleveur. Pour ce faire, six vaches ont été taries et trois vaches réformées un mois plus tôt. Les vaches qui avaient une alimentation moitié herbe, moitié ration (maïs, betterave, enrubannage, paille broyée), ont rejoint une pâture (sans trèfle), taries de manière classique (bouchon avec ou sans antibiotique selon le sanitaire).
Chez Sodiaal, la part de lait B habituellement produit a donc été réduite de 5 %. En avril, le prix de base du lait B était de 328,50 €/1000 l, un bon prix comparé au prix payé en juin en chute libre à 241,60 € et 250,10 € en juillet. Conséquence du fort repli des cotations beurre et poudre maigre depuis février, suivi d'une accélération en avril sous le poids de la crise covid-19. Rationnel, l'éleveur Marc Jourdain estime qu'il y a un problème de cohérence globale entre un lait B bien payé alors qu'il faut réduire les volumes, et un lait B peu payé au moment où il faut produire du lait. "Sodiaal a appliqué son principe qui consiste à payer le lait B avec deux mois de décalage", décrit-il.
Au delà de ce point fâcheux pour l'éleveur, celui-ci valide la démarche. "Ce qui m'a plu, c'est la réactivité. Ce serait mieux si la baisse volontaire était européenne, mais mettre tout le monde d'accord...! ". / Emmanuelle Le Corre

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