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Miscanthus, une plante qui intéresse par ses débouchés.

La culture de miscanthus intéresse les agriculteurs par les débouchés multiples qu'elle suscite. Le chauffage, le paillage horticole, la litière, le stockage du carbone, voire les bandes de non traitement. Une porte ouverte s'est déroulée le 9 mars chez Jean-François Courcoux, producteur de miscanthus à Plaintel.

Une culture en place pour au moins 20 ans après deux années de surveillance des mauvaises herbes après implantation.
© terra

La porte ouverte, organisée par la chambre d'agriculture, a attiré un grand nombre d'agriculteurs en recherche d'informations sur les intérêts de la plante. La visite dans les parcelle de miscanthus a permis de découvrir cette sorte de bambou, aux tiges élancées formant une forêt dense et un tapis au sol très épais..."Actuellement, il y a 5 000 ha en France et l'augmentation s'élève à +10 % par an. Son avenir est plutôt prometteur avec le stockage de carbone, même si la culture énergétique n'a pas toujours bonne réputation", résume Bertrand Convers pour France Miscanthus. Autriche, Allemagne, Pologne..., le producteur, sélectionneur, Jean-François Courcoux a testé différentes origines de miscanthus qu'il a planté sur 10 ha. En effet, il existe une grande différence de rendement entre les rhizomes. "Une même variété peut produire 3 tonnes/ha et une autre, 20 tonnes/ha", décrit le producteur qui vend le miscanthus sous la forme de paillage horticole et sous la forme de rhizomes à implanter. Miscanthus, une plante qui intéresse par ses débouchés

Une vigilance les deux premières années

L'implantation du miscanthus est chère, 2 à 3 000 €/ha clé en main et 5 000 €/ha avec de la multiplication derrière. Le miscanthus préfère les sols profonds avec une réserve en eau importante. "Il n'y a pas de grosses contraintes : plus le sol est bon, plus le rendement sera élevé. Le manque d'eau ou l'eau stagnante ne sont pas bons pour la pousse", décrit Jean-François Courcoux, qui utilise une planteuse à choux pour mettre le rhizome en terre, "quelque soit le sens" à une densité de 20 000 par hectare et une profondeur de 6-7 cm. Sitôt les derniers gels passés, le rhizome met 15 jours à sortir de terre. "C'est une plante particulièrement adaptée à la Bretagne pour ses sols sablo-granitiques et son eau", rappelle le producteur. Ici la culture ne reçoit aucuns intrants, ni azote, et devient de fait biologique. "Les feuilles au sol servent de paillage et en se décomposant apportent de l'humus". La seule contrainte reste son implantation qui demande une attention particulière sur le désherbage, car les mauvaises herbes, fortes concurrentes, sont les ennemis du miscanthus, la première année. "Une fois lancée, pas de soucis !". Il est donc important de planter sur un sol propre et de suivre le désherbage avec des produits homologués, voire un désherbage mécanique léger. Des essais avec du film plastique biodégradable en partenariat avec la collectivité locale sont en cours à Ploeuc-L'Hermitage en zone de captage mais à un coût de 900 €/ha supplémentaire de biofilm. La plupart des agriculteurs récoltent leur miscanthus en sec en sortie d'hiver (fin mars, début avril en général), dès que le taux de matière sèche des tiges dépasse 85 % avec une ensileuse équipée d'un bec Kemper. "Le mieux selon moi, c'est de couper le miscanthus et de le laisser en andain pendant 15 jours puis de l'ensiler. C'est ce qui se fait en Allemagne. Je laisse les feuilles au sol et donc l'azote. À noter, les feuilles contiennent de la silice qui se vitrifie dans le chambre de combustion des chaudières", explique JeanFrançois Courcoux. Une culture en place pour au moins 20 ans après deux années de surveillance des mauvaises herbes après implantation.

miscanthus
Au sol, un tapis de feuilles qui empêche la pousse des mauvaises herbes et apportent de l'azote.

De multiples débouchés

Sur des parcelles en pente et éloignées, à proximité des cours d'eau, le miscanthus a des intérêts environnementaux : la protection des eaux, des sols contre l'érosion, le refuge de la faune sauvage... "Compte tenu de la marge brute à l'hectare, il n'est pas évident de concurrencer une céréale classique mais il peut être implanter sur des parcelles marginales", indique Bertrand Convers. Par contre, la plante, éligible au SIE (facteur 0,7) depuis 2018, n'est pas autorisée en bande tampon (BCAE 7). Ce dernier évoque des perspectives dans le cadre de la réforme de la PAC avec le développement des paiements pour services environnementaux, qui permettraient alors de conclure un marché avec l'agriculteur. Dans ce sens, il y a évidemment un autre intérêt à la plante, sa capacité à fixer du carbone en grande quantité : une tonne de matière sèche produite capte 1,8 t de CO2, ce qui équivaut à 18 t de CO2 au rendement moyen de 10 tMS par an. L'agriculteur à titre privé peut passer des contrats de gré à gré avec une entreprise qui souhaite compenser ses émissions de carbone. Mais rien à ce jour n'est organisé, encadré, planifié. "Tout est à construire. Il y a plein d'industriels qui n'ont pas d'obligations mais veulent être vertueux et veulent acheter localement du carbone", estime Jean-François Courcoux, qui lui a contractualisé avec un industriel de la brique. "La tonne de CO2 se négocierait entre 30 et 300 €", avance-t-il. La constitution d'une plateforme d'échanges serait évoquée par la conseil régional...? Quoiqu'ils en soient, certains voient dans le miscanthus, un catalogue de solutions que l'agriculteur pourrait valoriser auprès de la société en général, afin de faire des attentes sociétales et environnemental, un atout et non une contrainte. Enfin, il y a ces débouchés multiples, déjà connus ou expérimentés : le chauffage en tant que combustible dans des chaudières biomasse ; la vente de paillage horticole ; la litière pour les animaux à l'heure où l'offre se fait moindre. À la Cooperl par exemple, des essais de valorisation en biomatériaux sont à l'étude (parpaing, isolant).

À Savoir Originaire d'Asie, le miscanthus est une graminée pérenne à faible niveau d'intrants. Il existe plusieurs espèces de miscanthus mais une seule se retrouve en agriculture : Misanthus giganteus, un hybride de deux espèces, ce qui rend la plante stérile et donc non invasive.

Récolte La plupart des agriculteurs récoltent le miscanthus en sec en sortie d'hiver (fin mars début avril généralement), dès que le taux de matière sèche des tiges dépasse 85 %. La récolte se fait à l'ensileuse maïs équipée d'un bec Kemper. Le rendement est de 5 à 10 tMS lors de la première récolte (année 2) puis 10 à 15 tMS/ha (années 3 et 4) pour atteindre 10 à 20 tMS/ha ensuite. La production se maintient au moins une vingtaine d'années. Le broyat étant peu dense (130 kg/m3 ), le volume de stockage doit être adapté (source chambre d'agriculture de Bretagne)

 

La Cooperl s'intéresse au miscanthus : aux débouchés, son désherbage et sa division/plantation. Son implantation chez les producteurs de porcs est à l'étude, en particuliers la division des rhizomes pour une mise en culture à moindre coût. Une machine est à l'essai "pour récolter les rhizomes et faire la division en plein champ", explique Bertrand Convers, responsable du service Environnement. "Cela permettrait à l'agriculteur de faire lui-même sa pépinière". Développée à 80 %, la machine demande encore des réglages

 

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