Pérenniser les filières de la bio
40 % des installations aidées de jeunes agriculteurs se sont faites en agriculture biologique cette année dans le Morbihan. "Une vraie dynamique" qui emboîte le pas à celle des conversions. Quels modèles économiques pour les filières de la bio demain ? C’est la question posée par la FDSEA à la faveur de sa journée bio, à Malansac.

10 % des fermes morbihannaises pratiquent l’agriculture biologique dans le Morbihan. Elles y occupent 8 % de la SAU. "C’est le même taux qu’en France qui, avec ses presque 2 millions d’hectares, est le 3e pays bio d’Europe", cadre Étienne Gagneron, en charge du dossier AB à la FNSEA. Et de s’agacer d’entendre glorifier l’Autriche et ses 500 000 hectares en bio - "ce n’est pas la même chose" -, ou l’Allemagne "dont la progression a été stoppée net il y a cinq ans avec ses 1,3 million d’hectares". Encouragé par un plan gouvernemental Ambition bio 2022, l’objectif doit être clair selon ce cultivateur du Cher : "Plutôt que d’atteindre 15 % de la SAU, c’est de devenir le premier pays bio européen. La France est un pays bien adapté à l’AB. On est au début du chemin". Car au motif de la montée en gamme avec "ce plafond de verre qui est la capacité de la payer, ce qui se développe à coup sûr c’est l’importation", constate-t-il à regret. "Celle de fruits et de légumes bio en provenance d’autres pays européens comme l’Italie ou l’Espagne qui ont tout misé sur l’export et qui ont des avantages compétitifs en terme de main d’œuvre ou de conditions d’application du cahier des charges différentes". Sans parler de l’Ukraine avec ses fermes bio de 7 000 hectares en grandes cultures avec 250 salariés… illustre-t-il dénonçant notamment la surtransposition réglementaire française. Exemple des serres ? "On ne chauffe rien mais quand on fait ça, le consommateur qui est habitué à consommer de la tomate continue à le faire".
Ce plafond de verre qui est la capacité payer la montée en gamme.
Mouvement de fond
Reste que contredisant les sceptiques, le développement de la bio ne se dément pas, elle s’accentue même "dans tous les secteurs", intéressant toutes les filières. Comment réussir à accompagner ce développement pour garder la valeur ajoutée aux producteurs, "c’est la grande question", de ce débat pour Frank Guéhennec, président de la FDSEA du Morbihan. "La consommation change, ce qui se passe aujourd’hui est irréversible. Si la consommation bio atteint 20 % du marché, cela nous laisse encore une marge de progression considérable. On va manquer de lait bio en 2021", s'estime, "très optimiste", Bruno Martel, éleveur laitier administrateur d’Agrial. Autre vision chez Sodiaal qui face au risque d’emballement, à l’instar de l’opérateur Biolait actant la baisse de production par ses producteurs, a décidé "de lever le pied sur les conversions de ses coopérateurs en bio", rappelle Patrice Pinet, éleveur et administrateur de Sodiaal. Sur ce petit marché qu’est la bio, pour Olivier Allain, éleveur en viande bovine et vice-président du conseil régional de Bretagne, "qu’on ne fasse pas l’erreur du développement à tout va sans maîtrise du marché". Une offre donc pour répondre à un marché, en évitant la surchauffe telle que celle subie en œufs bio.
Les conditions
Pour accompagner ce développement, rien de tel que des filières construites et solides, "outils d’accompagnement. On est pour la contractualisation", poursuit Étienne Gagneron. "C’est le premier levier en matière de visibilité et de stabilité des prix pour sécuriser les producteurs qui s’engagent", appuie Clara Baudoin, en charge de filières bio chez Triskalia. Avec un accompagnement technique pour tous, et "la chambre d’agriculture s’est dotée de moyens et d’équipes", souligne Patrice Le Penhuizic, élu CRAB. Nécessaire également, un accompagnement financier au travers des aides publiques pérennes, "mais surtout en assurant des prix convenables et durables", insiste Kévin Thomazo, président de JA 56. C’est aussi un engagement sur un cahier des charges, "européen, rigoureux avec des contraintes techniques énormes, garant de la qualité des produits, estime Bruno Martel. On doit être irréprochable". Et si "maîtriser la contractualisation est une bonne chose pour organiser les filières et avoir de bons prix", appuie Olivier Allain, mieux vaudrait éviter le scandale que chacun redoute "notamment sur la traçabilité avec le risque que fait peser l’importation des céréales d’Ukraine", illustre-t-il, prônant "la contractualisation de Région à Région, sur les protéines non OGM et la bio". Une bio, pleine d’avenir, "mais soyons vigilant pour organiser le retour de la valeur sur l’exploitation", appuiera Frank Guéhennec.













