Du non OGM à tout prix ?
Le marché du non OGM se développe pour répondre à la demande des consommateurs. Les filières peuvent-elles y répondre et avec quelles origines d'approvisionnement en matières premières. Aperçu des questions que se posent les filières lors d'une conférence au Space, proposée par la FRSEA Bretagne.
Les professionnels des filières agricoles sont devant un dilemme. Quelle est l'attente sociétale en matière de produits non OGM ? Faut-il importer du soja non OGM du Brésil moins cher, mais moins vertueux - au risque de perdre la confiance du consommateur - ou produire ces matières premières en France mais à un coût supérieur. Un tourteau de soja non OGM produit en France est "50 € à 80 € plus cher la tonne qu'un soja non OGM importé du Brésil", rapporte Sébastien Windsor, vice-président de la FOP (fédération des oléoprotéagineux).
Lors du Space, une discussion qui a réuni éleveur, céréalier, et transformateur s'est engagée sur l'alimentation non OGM et son développement. "Ma vraie interrogation porte sur le consommateur, comment lui expliquer cette situation assez complexe. Est-il prêt à un approvisionnement 100 % français", questionne Patricia Le Cadre, à l'issue de la présentation de l'étude Céréopa(1) sur le marché de l'alimentation animale non OGM et bio.
Développer les cultures, concentrer la protéine
Se passer d'OGM, c'est aller chercher d'autres sources de protéines : colza, tournesol, soja non OGM... "Dans certaines formules, nous pouvons travailler avec du colza, du tournesol mais pour le porcelet ou la volaille de chair, on ne peut pas se passer du soja ou alors il faut aller chercher des matières premières très chères", décrit Mickaël Le Bihan, responsable de la formulation des aliments à la Coopérative Le Gouessant. Mickaël Guillou, éleveur de porcs nourris aux aliments non OGM, confirme l'intérêt du soja au sevrage des porcelets : "Retirer le soja, c'est risquer des troubles digestifs et de consommer plus d'antibiotiques".
Selon l'étude du Céréopa, il est primordial de conserver voire d'accroître les surfaces françaises d'oléagineux ; de développer la filière soja française (le tourteau de soja origine France s'élève à 1 % des volumes consommés) ; de mettre à disposition des tourteaux concentrés en protéines type tournesol HP(2) ou d'attribuer une aide régionalisée à l'utilisation des protéagineux... Quant au tourteau de colza, son développement est lié en grande partie à l'avenir du biodiesel. "La valorisation du colza est à 80 % sur l'huile, si on nous coupe le débouché des biocarburants, nous perdons le tourteau de colza", prévient Sébastien Windsor.
Sodiaal dans la dÈmarche non OGM
Sodiaal produit 300 millions de litres de lait sans aliment OGM sur les 5 milliards de litres au total. Une niche qui répond aux marchés du fromage allemand et de la marque française "Les laitiers responsables". "Nous n'aurions pas démarré la démarche si le producteur n'avait pas eu un retour de valeur ajoutée", note Florence Quioc, directrice régionale de la coopérative pour le bassin Ouest. Le producteur perçoit un supplément de 10 €/1 000 l pour couvrir ses charges ; 15 €/1 000 l avec plusieurs critères (non OGM, pâturage...). Ainsi pour le lait de pâturage vendu 1 €/l en GMS, "notre cible est une valorisation de 13 ct du litre, avec une répartition de 7,5 ct pour le producteur et 2,25 ct pour le transformateur-distributeur. Le reste de la valeur ajoutée étant partagé entre les coopérateurs Sodiaal", précise Florence Quioc.
En définitive, ce que souhaitent les protagonistes c'est la structuration des filières françaises, sans écarter une bonne communication vers le consommateur. Car même si le "sans" est à la mode (sans antibiotique, sans phyto...), le "sans" OGM ne peut s'envisager "sans" prix, rappellent les producteurs.
(1) Centre d’Etude et de Recherche sur l’Economie et l’Organisation des Productions Animales
(2) Tourteau tournesol HP : tourteau de tournesol décortiqué (tourteaux HighPro) renfermant 36 % contre 28 % de protéines.
En chiffres
15 % est la part des aliments alternatifs non OGM et bio (fabricants d'aliments et FAF) en 2017 dans les 5 filières (hors fourrages)
En 2022, cette part augmenterait à :
21 % pour le scénario "tendance"
35 %, scénario contrasté
61 %, scénario de rupture (étude Céréopa).



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