Terra 04 janvier 2018 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Madagascar : un dispositif d'installation structuré dans un pays instable

Le producteur de lait, Damien Blanchard, président de JA22 et Juliette Rebour, coordinatrice en charge de l'installation ont entrepris un voyage à Madagascar, invités par l'Afdi Bretagne en octobre dernier, découvrir l'installation des jeunes agriculteurs malgaches. Témoignages.

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Damien Blanchard, président JA22, au milieu d'une rizière.
Damien Blanchard, président JA22, au milieu d'une rizière. - © J.Rebour

Au sein d'un groupe de neuf bretons globe-trotters, les représentants de JA22 se sont rendus dans la région du Bongolava située au centre de l’île, à Tsiroanomandidy plus exactement, là est implanté le siège de l’organisation paysanne APDIP. Le groupe a rayonné autour du chef-lieu, à la rencontre de quatre groupements de paysans sur les 20 groupements que compte l'association.
Accueillis par les patriarches des villages, les costarmoricains ont beaucoup échangé avec les adhérents et visité les structures agricoles. Les agriculteurs malgaches rencontrés cultivent le plus souvent de petites parcelles de riz dans les bas fonds, leur ferme s'étend sur moins de 1 hectare. "Les jeunes malgaches qui s'installent bénéficient d'un système en place qui s'apparente à notre dispositif d'installation. Un système plus souple et moins complexe qu'ici en France. A la différence, que là-bas les aides sont remboursables", remarque Damien Blanchard. En effet, l'installation est soutenue financièrement sous forme d'un prêt sans intérêt remboursable sur 3 ans, associé à un programme de formation et de suivi technico-économique.
Les observateurs partis avec l'Afdi Bretagne décrivent un programme d'installation structuré lequel compense l'absence de l'administration et l'impossiblité pour ces petits exploitants d'accèder à des prêts bancaires aux taux d'intérêts exhorbitants (taux annuel de 30 %). "L'aide s'élève à 150 € maximum. Cela peut paraître peu mais là-bas, cela finance la moitié d'un poulailler par exemple".

- © J. Rebour

Une situation instable qui inquiète
A l'inverse l'organisation de la vente collective est peu développée. Quant au foncier, rien n'est fait pour le protéger. "Il n'y a aucune protection du foncier, ni titre de propriété, ni cadastre ou bornage", décrit Damien Blanchard, en charge du dossier foncier à JA Bretagne. Pourtant les jeunes français ont rencontré des agriculteurs avec une motivation chevillée au corps afin de faire vivre leur métier. "Certains marchent à pied pendant 8 heures pour aller en réunion", relate Juliette Rebour, quand certains en France traînent des pieds...
Ils ont aussi découvert le fléau dans les villages qu'est le trafic de zébus et la violence qui en découle lors des attaques des voleurs. Dans ce pays instable politiquement et fortement corrompu, les habitants rencontrés sont inquiets pour l'avenir de leur pays. "Beaucoup estiment que le pays est sur une pente descendante avec un Etat corrompu, une population jeune, peu formée, très importante, la grande pauvreté, les trafics... Le pays pourrait tôt ou tard se soulever", rapportent les voyageurs.
Alors quoi faire, nous européens ?
"Aider en envoyant du matériel, est un réflexe fréquent, mais n'est pas la solution la plus adaptée. Mais les aider à se former, à se prendre en main, sans appliquer notre modèle, oui", estime Damien Blanchard.

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