Choucas des tours : mieux cibler les actions de régulation
La population de choucas des tours ne cesse de progresser, principalement dans le Finistère et les Côtes d’Armor. Estimant les prélèvements autorisés par arrêté préfectoral inefficaces, les associations de protection de la nature montent au créneau pour préconiser des méthodes alternatives.

"J’ai perdu un bon quart de mon maïs", affirme Jean-François Conan, producteur de lait bio à Guilligomarc’h (29). "Sur 6,5 ha de céréales, 5 ha ont dégagé", rajoute Pierrick Berthou, agriculteur bio à Quimperlé. Comme eux, éleveurs et producteurs de légumes sont sans cesse plus nombreux à se plaindre de dégâts de choucas, principalement en Finistère et Côtes d’Armor.
Une population en forte progression
"La population de choucas a fortement augmenté ces dernières années, ce qui n’est pas sans provoquer de conflits d’usage". Président de la LPO, la ligue de protection des oiseaux de Bretagne, Laurent Pélerin est bien conscient des dégâts occasionnés à l’agriculture, notamment sur les jeunes semis, et aux particuliers (nuisances sonores aux abords des dortoirs, cheminées obstruées par les nids…). Mais s’il convient d’une nécessaire régulation, il est loin d’être d’accord avec les méthodes actuellement en vigueur. "Le préfet des Côtes d’Armor a pris un arrêté dérogatoire autorisant le prélèvement de 8 000 oiseaux. Celui du Finistère s’apprête à en signer un pour 12 000 choucas". Des arrêtés que les associations de protection de la nature vont attaquer, "car ils ne servent à rien : les populations de choucas ne cessent de croître".
Mieux connaître le choucas
S’exprimant aussi au nom de Viv’armor nature et Geoca, Laurent Pélerin avance plusieurs raisons pour expliquer leur opposition. "Pour savoir comment réguler efficacement le choucas, il faut d’abord mieux comprendre les raisons de son explosion". Pour cela, une étude vient d’être lancée en Bretagne par la Dréal. "Elle portera sur l’évaluation de la répartition de la population reproductrice, grâce à des comptages dans une vingtaine de communes représentatives par département, détaille Daniel Le Mao, administrateur de la LPO. Mais aussi sur ses déplacements, grâce à une vingtaine d’oiseaux équipés de GPS. Sur sa reproduction, puisqu’il semblerait que le nombre d’oiseaux à l’envol par nid ait progressé. Et sur son alimentation, grâce à des prélèvements de jabots et l’analyse de muscles". En effet, pour le moment, difficile de dire s’il déterre les plantules de maïs pour consommer le grain ou chercher des larves qui s’y cacheraient. "D’ici un an, les premiers résultats nous permettront de voir plus clair. Et de cibler des méthodes vraiment efficaces".
Des méthodes alternatives...
Incitant à "changer de regard sur le vivant" et se refusant à tuer des oiseaux "pour de simples difficultés économiques", les associations de protection de la nature préfèrent mettre en avant des méthodes alternatives. En ville, lieu d’habitat des choucas, l’utilisation de la fauconnerie peut disperser les dortoirs avant la période de nidification. "On demande aussi aux particuliers un comportement civique, rajoute Daniel Le Mao. En ne laissant pas traîner de nourriture et en obturant leurs cheminées avec du grillage ou des chapeaux". Des perchoirs à rapaces pourraient favoriser les prédateurs naturels des choucas. Et des arbres pourraient être plantés dans des lieux "non problématiques", zones commerciales ou industrielles, pour fournir des zones de report aux oiseaux.
… en ville et à la campagne
S’ils nichent en ville, c’est à la campagne que les choucas s’alimentent. "Il faut donc limiter leur accès à la nourriture dans les bâtiments d’élevage, sur les chantiers de semis ou sur les chaumes, lors de la récolte, énumère Jean-Pierre Roullaud, en charge des questions agricoles à Bretagne vivante. L’effarouchement peut aussi donner de bons résultats".
Mais pour les associations de protection de la nature, il faudrait sensiblement réduire la culture du maïs. "Le choucas est un oiseau opportuniste. Et c’est depuis l’augmentation des surfaces en maïs dans les campagnes bretonnes que sa population a flambé. Seul un changement du modèle et des productions agricoles dominantes permet d’envisager un équilibre "naturel" pérenne dans le temps".











