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Mesure de la biodiversité : une piste de faire-valoir en élevages laitiers

Le Cniel, l'interprofession laitière, se penche sur la préservation de la biodiversité dans les exploitations laitières. Des outils ont été mis au point pour aider les éleveurs à s'emparer du sujet d'actualité et voir comment en tirer un bénéfice à l'avenir.

Les systèmes laitiers avec leurs prairies bordées de haies rendent des services à la biodiversité "et réciproquement".

Loin des discours alarmistes et à charge sur le mode d'agriculture et la disparition des oiseaux et des papillons, Bernard Chevassus-au-Louis, président de Humanité et Biodiversité préfère parler de ce qui est possible de faire pour restaurer la biodiversité. A l'occasion du Symposium Européen sur la biodiversité, à l’initiative du Cniel dans le cadre d’un programme co-financé par la Commission européenne, le spécialiste explique : "l'érosion de la biodiversité n'est pas une fatalité. Il faut des politiques et des moyens. Nous sommes dans un temps long car il est plus difficile de dégrader que de réparer". La question de la biodiversité n'est pas nouvelle. Depuis 2011, l'Institut de l'élevage, les universitaires et l'Inra étudient les effets des pratiques agricoles sur la biodiversité dans les systèmes d’exploitation d’élevage afin de produire des indicateurs. Le bourdon, par exemple, est un bon indicateur de la santé des milieux : la structure du parcellaire (taille, forme, distance entre le centre et les bordures) influence à plus de 45 % la richesse spécifique en bourdons. Il en ressort aujourd'hui la mise au point d'un outil d'évaluation baptisé "Biotex". "Nous regardons quatre niveaux d'échelle : le territoire, l'exploitation agricole et ses pratiques, la structure du parcellaire et les prairies permanentes, le sol par sa matière organique et sa fertilité", décrit Vincent Manneville de l'Institut de l'élevage, instigateur de la méthode.

 

Biotex, un outil opérationnel

A partir de 27 indicateurs et d'un rendez-vous d'une heure avec l'agriculteur sur son exploitation, il est possible d'établir un diagnostic. Par exemple, un des indicateurs "surface de biodiversité développée" est la mesure des volumes en 3D des infrastructures agro-écologiques de l'exploitation agricole, à savoir l'inventaire des arbres et des haies à partir des photos Pac. Ceux-ci sont comptabilisés sous la forme de cylindre en mètre cube que l'on déroule ce qui donne une surface en mètre carré puis en hectare. Le cumul des surfaces développées fournit un indicateur de biodiversité par hectare de SAU. La Bretagne, grâce à ses haies présentes, arrive en tête à 1,13 ha de biodiversité par ha de SAU devant les Pays de la Loire, de l'Est et du Nord. Ainsi, les systèmes laitiers avec leurs prairies bordées de haies rendent des services à la biodiversité "et réciproquement".

 

La biodiversité : un faire-valoir à creuser

"L'outil est simple et peut être utilisé par un technicien généraliste", indique Vincent Manneville. Plus globalement, cet outil enrichit un programme national appelé "Ferme laitière bas carbone" lancé en 2015 dans une démarche de responsabilité sociétale (RS). Le module biodiversité est venu s'ajouter au diagnostic environnemental CAP'2ER. D'autres modules s'ajouteront à l'avenir comme la biodiversité et fertilité du sol avec le bilan humique. "On ne vise pas que le carbone, l'outil est multicritère", insiste Thierry Geslain, directeur du développement durable au Cniel.
Mais alors comment valoriser ce diagnotic Biotex pour les producteurs ? C'est premièrement un diagnostic individuel qui sert à l'agriculteur pour lui donner des pistes d'action. "Avec les fortes chaleurs et les faibles pousses, je n'ai pas coupé mes haies pour favoriser la présence des insectes", rapporte Hélène Fréger, productrice de lait dans le Cher. Ensuite, il s'agit de faire-valoir son action. "Les produits laitiers ont des vertus car fabriqués dans des contextes écologiques particuliers qui sont des faire-valoir, utiles peut-être pour vendre le lait de demain. C'est une piste qui ne demande pas d'engagements financiers très lourds mais des pratiques à la marge, des gestions de haies différentes...", projette Vincent Manneville.

 

Faut-il supprimer l'élevage moderne ?

Et bien non, polyculture et élevage sont source de biodiversité ! "Si l'on ne faisait plus rien, le territoire serait conquis par la forêt", rappelle Bernard Chevassus-au-Louis. Par exemple, la flore messicole - les coquelicots, les bleuets - dépend de la poursuite de la production de céréales. En cas de déprise agricole, la flore messicole disparaît. "Vous prenez une vieille forêt, vous faites une coupe, dans ce milieu ouvert vous voyez apparaître des plantes herbacées et des oiseaux", poursuit le biologiste et écologue. L'élevage également favorise la biodiversité. "Après, il faut voir quels sont les savoir-faire favorables à cette biodiversité".

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