Terra 24 novembre 2017 à 08h00 | Par Lionel Quéré, chambres d'agriculture de Bretagne

Blé, maïs, colza, soja : quel bilan des moissons ?

Même si entre hémisphère nord et hémisphère sud les semis et récoltes s’enchaînent sans cesse, un bilan des récoltes dans le monde peut être dressé. Blé, maïs, colza, soja : quels sont les faits marquants de la campagne écoulée ? quels enseignements pour l’avenir ?

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Au-delà de la Russie, la production mondiale de blé s’annonce abondante.
Au-delà de la Russie, la production mondiale de blé s’annonce abondante. - © Terra

Que font les agriculteurs dans le monde en cette fin novembre ? L’inversion des climats entre les deux hémisphères nous oblige à une petite gymnastique mentale. Alors que les producteurs européens et les farmers américains sèment des céréales et récoltent du maïs grain, les agriculteurs de la pampa argentine ou du Mato Grosso brésilien récoltent leur blé et sèment maïs et soja. L’essentiel des informations concernant les récoltes 2017 et la campagne de commercialisation 2017-2018 est néanmoins connu à ce jour.

Blé : la Russie, star du marché, la production française retrouve des couleurs
Jamais la Russie depuis l’URSS n’aura produit autant de blé : 82 millions de tonnes (Mt), soit 15 % de plus qu’en 2016. Malgré des infrastructures ferroviaires et portuaires qui peinent à se moderniser, limitant ses capacités exportatrices, la Russie va retrouver sa place de premier exportateur mondial de blé. Elle pourrait en exporter à elle-seule 30 à 31 Mt, soit autant que l’Union européenne. Sérieux handicap pour la filière française, les pays de la mer Noire (Russie, Ukraine, Kazakhstan) se positionnent sur les mêmes marchés à l'export (Égypte, Algérie, Tunisie, Proche-Orient…). Dans cette lutte commerciale, la Russie a deux atouts de choix. Premièrement, un coût de production inférieur à celui de la France, grâce à des exploitations de taille bien supérieure, ce qui permet des économies d’échelle (mécanisation…) et en matière de main-d’œuvre, et des normes environnementales différentes. Second atout plus précieux encore : les Russes vendent du blé en dollars quand les céréaliers français le vendent en euros. On estime qu’une parité euro/dollar voisine de 1,17, comme actuellement, renchérit mécaniquement le prix du blé français d’environ 20 €/t. La Russie a ainsi remporté la majorité des appels d’offres à destination du Maghreb.

Au-delà de la Russie, la production mondiale de blé s’annonce abondante, à 748 Mt, soit 4 % supérieure à la moyenne quinquennale. L’Europe et l’Inde, notamment, voient leur production augmenter. Les productions américaine (- 25 %) et canadienne (- 15 %), tout comme la récolte australienne, sont affectées en revanche par la sécheresse. La France retrouve un niveau de production plus conforme à ses habitudes avec un rendement moyen de 73,4 quintaux par hectare (q/ha) pour une production totale de 37,8 Mt. Pour rappel, la production française avait chuté à 27,8 Mt suite aux inondations de 2016 en région Centre.

Les termes de l’équation sont posés : concurrence russe + euro fort + stocks mondiaux lourds = prix en berne. Depuis un pic atteint par les marchés vers le 10 juillet autour de 180 €/t sur le marché à terme, les courbes de prix sont irrémédiablement orientées à la baisse, oscillant aujourd’hui autour d’un niveau d’environ 160 €/t . Ceci se traduit par un prix net agriculteur d’environ 135 €/t. Un tel prix permet-il de couvrir les charges de production (intrants, mécanisation, foncier) et de rémunérer le travail fourni ? Pour certains agriculteurs oui, probablement grâce à de hauts rendements qui diluent les charges. Mais pour la majorité, ce sont là des prix trop faibles, et notamment pour les régions céréalières françaises dont l’essentiel du chiffre d’affaires est constitué par la vente des grains. La France conserve de solides avantages : une filière organisée, des rendements globalement stables, des productions de qualité. Mais la montée en puissance des pays de la mer Noire augure d’une concurrence intense.

Maïs : marché mondial excédentaire
Le maïs est la céréale la plus cultivée dans le monde : la récolte dépassera le milliard de tonnes en 2017, soit près de la moitié des céréales produites hors riz ! Et quand on pense maïs, on pense immédiatement Amériques, et plus particulièrement États-Unis. Les USA produisent à eux-seuls plus du tiers du maïs dans le monde, devant la Chine, le Brésil et l’Argentine. L’Europe pèse seulement pour 5 % de la production, la France 1 %. La récolte 2017 s’annonce comme la deuxième meilleure récolte de l’histoire après 2016. Parallèlement, la consommation mondiale reste soutenue, tirée par les utilisations industrielles de bioéthanol notamment. Les prévisions envisagent donc une réduction des stocks mondiaux, principalement en Chine. Ceci ne suffit pourtant pas pour soutenir les prix dont le niveau actuel, voisin de 160 €/t sur le marché à terme une fois les frais déduits (transport, séchage..), permet difficilement de couvrir les charges de production pour les producteurs français.

Colza : la petite fleur jaune qui vaut de l’or
S’il est difficile en blé et en maïs de faire coïncider rendement et prix favorables, le colza est aujourd’hui la culture la plus rémunératrice pour les producteurs bretons. Beaucoup ont battu leur record de rendement en 2017 avec des chiffres à plus de 50 q/ha, tandis que les prix se maintiennent à de bons niveaux, autour de 385 €/t sur le marché à terme. Le marché du colza est un petit marché à l’échelle mondiale : la production atteindrait 63,5 Mt en 2017, contre 748 Mt de blé ou 1 034 Mt de maïs. Le leader est le Canada avec le canola (colza de printemps) pour environ un tiers de la production mondiale. Seule ombre au tableau : la récente décision de l’Union européenne de réduire les taxes à l’importation de biodiesel argentin qui risque de défavoriser la filière européenne.

Soja : semis perturbés dans l’hémisphère sud
Le marché mondial du soja est relativement facile à comprendre : États-Unis, Brésil et Argentine en produisent les trois quarts, la Chine en importe les deux tiers. Ce sont donc les événements climatiques, politiques affectant ces pays qui font la pluie et le beau temps sur le marché du soja. Nous, Bretons, Français ou Européens, sommes essentiellement spectateurs et devons subir les lois du marché. À l’inverse des autres cultures présentées, que les producteurs bretons cherchent essentiellement à vendre, le soja est une matière première utilisée dans les élevages comme source de protéine, sous forme de tourteaux. Ce sont donc cette fois-ci des prix bas que recherche l’agriculteur breton ! 2017 est plutôt favorable : la production s’annonce en légère baisse par rapport à la campagne précédente, mais néanmoins confortable, avec 348 Mt. La récolte a été très bonne aux Étas-Unis, mais plus perturbée en Amérique du Sud, pour des raisons inverses : sécheresse au Brésil, conditions trop humides en Argentine qui continuent de retarder les semis. Malheureusement, la Chine continue de tirer les prix vers le haut : deux bateaux sur trois contenant du soja en partance du continent américain se dirigent vers la Chine ! Le niveau de vie des Chinois change, la consommation de viande augmente, et donc le besoin en matières protéiques des élevages.

Comme le montre ce rapide panorama des productions végétales dans le monde , la vie des agriculteurs intéressés par ces productions n’est pas un long fleuve tranquille, tant sont nombreux les événements qui peuvent venir embellir ou assombrir leurs perspectives.

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