Terra 12 décembre 2018 à 14h00 | Par Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d’agriculture de Bretagne

Paysans bretons, gilets jaunes : un territoire de vie pour point commun

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Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d’agriculture de Bretagne.
Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d’agriculture de Bretagne. - © Terra

Les paysans bretons composent une grande diversité de situations. Les gilets jaunes composent eux aussi une diversité de situations et de revendications.

Il y a pourtant, derrière cette diversité, une communauté de sensibilités, de colères communes et d’espoirs partagés.

Cette communauté, c’est celle de ceux qui travaillent et vivent au pays, qui prennent la voiture pour conduire les enfants à l’école, aller chercher le pain, aller chez le médecin. Celle qui se reconnaît dans un territoire, dans le manque de reconnaissance et d’écoute de ses préoccupations, dans le manque d’intérêt et d’empathie pour son quotidien, l’éloignement subi des services publics, la peur du déclassement. Bref tous ceux qui ont le sentiment de disparaître des radars.

Pour autant, j’ai l’intime conviction qu’une très grande majorité de ces habitants des territoires ruraux ont éprouvé une immense tristesse face aux dégâts à l’Arc de triomphe, près de ce soldat inconnu, peut-être paysan, artisan, ouvrier ? Et l’on se prend à espérer que de cette phase profonde fracture entre l’État républicain et les territoires qui le composent, émerge un nouveau pacte économique et social. Un pacte après la tectonique des plaques.

Rarement la question de l’espace entre ville et campagne aura été aussi présente dans le débat public. Pour le géographe Hervé Le Bras, "nous ne pensons pas la France en termes de territoires. Nous sommes très centralisés, nous pensons en termes de catégories sociales. Nous ne voyons pas qu’il y a des différences extrêmes entre territoires. Et parler seulement de fracture sociale empêche de voir les détails des problèmes".

Dans les prochains jours, l’État et la Région convoqueront une conférence sociale régionale avec les corps intermédiaires, consulaires, le monde associatif, pour imaginer les voies d’une sortie par le haut, face à ce malaise qui couve depuis longtemps.

Pour retisser du lien et de la confiance, il va falloir privilégier le liant. Un fil tendu trop fort peut rompre violemment, une maille fine et bien tissée peut se distendre mais tient plus longtemps, comme un matériau résilient. Les tisserands en sont les maires, les syndicalistes, les associations, les services publics de proximité, l’énergie de ceux pour qui l’engagement est basé sur une écoute sincère et le pragmatisme du quotidien. En faisant confiance à leur connaissance fine de leur territoire d’action, l’État pourrait sans doute faire des économies, en étant davantage facilitateur et moins percepteur.

Nous avons besoin de ce nouveau pacte économique et social si nous voulons réussir les transitions énergétiques et climatiques dans nos entreprises, nos foyers, nos territoires. Le monde agricole a cette culture de la médiation et de la "rupture négociée", l’État et les collectivités territoriales peuvent lui faire confiance. Les territoires sont sources de solutions.

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