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Comment protéger son maïs sans Sonido

Les néonicotinoïdes ne faisant plus partie, depuis le 1er septembre 2018, de l'arsenal disponible en France pour prémunir les céréales des ravageurs, que mettre en œuvre pour protéger le maïs qui sera semé dans quelques mois ? Autant être honnête, il n'y a pas de solution simple. Un retour aux fondamentaux agronomiques est indispensable. Les coopératives Cecab et Coop de Broons testent également, en partenariat avec Arvalis, des appâts de blé pour leurrer mouches et taupins sur maïs et dont les premiers résultats sont prometteurs.

"La lutte contre les ravageurs, c'est une course contre la montre", soulignait Jean-Luc Demars, responsable du service agronomie, le 17 janvier à Saint-Gonnery (56), lors d'une des réunions d'hiver proposées aux adhérents des coopératives Cecab et Coop de Broons. "Le départ de la culture et les premiers stades sont décisifs", rappelle-t-il, "le maïs devra atteindre rapidement le stade 4 feuilles". Dans cet objectif, le semis devra être réalisé dans un sol bien ressuyé et réchauffé (10°C à 5 cm). Pour s'en assurer, indique-t-il, "des thermomètres de sol sont disponibles auprès des techniciens". La bonne vigueur de départ est également un critère désormais très regardé dans le choix des variétés. Quant au semis, cette étape doit être soignée. "Il faut semer à 3-4 cm, pas trop profond. Or on voit encore aujourd'hui des semis trop hétérogènes. Le semis se réalise à vitesse réduite ou du moins à une vitesse adaptée au semoir", poursuit Jean-Luc Demars. Et le starter permet aussi de gagner en rapidité dans le développement de la culture. Autant d'éléments qui permettront au maïs d'être "suffisamment robuste pour encaisser des attaques de ravageurs".

Et la chimie ? "Y'a plus rien", commente un des éleveurs dans la salle. "La dernière cartouche sur maïs contre le taupin et la mouche Geomyza tripunctata était le Sonido. Malgré tout, il reste Karaté 0,4 GR qui fonctionne bien sur taupins. Mais sur les oscinies, l'efficacité des microgranulés insecticides est insuffisante. Intervenir en végétation, c'est vraiment trop chaud ! Il y a des produits qui arrivent mais tous ne peuvent pas être utilisés avec un diffuseur, seul moyen de garantir une bonne efficacité du produit en le répartissant sur toute la ligne de semence. Et dans tous les cas, ces produits ont des DVP (dispositif végétalisé permanent) de 20 mètres, ce qui restreint leur utilisation à certaines parcelles".

S'agissant des taupins, toutes les parcelles ne sont pas sur le même pied d'égalité. Une grille de source Arvalis permet d'en apprécier le niveau de risque, selon la rotation et l'historique de la parcelle. Mais contre la mouche Geomyza, impossible de prévenir le risque... car les attaques sont imprévisibles. En 2016, cette mouche a été très préjudiciable aux maïs qui n'étaient pas protégés puisque 42 % des pieds ont été attaqués, contre 7 % dans les parcelles avec traitement Sonido (source enquête agriculteurs BSV Bretagne). Ce qui explique sans doute que la majorité des maïs, 70 %, étaient traités par Sonido en 2018 en Bretagne.

 

Des plantes compagnes pour leurrer les ravageurs

La technique, basée sur les principes de l'agro-écologie, est très récente puisque testée pour la première fois par Arvalis il y a deux ans. Elle consiste, quelques jours avant le semis du maïs, à semer des grains de blé à la volée, à raison de 100 à 140 kg/ha, et à les incorporer dans les dix premiers centimètres de sol. "Quand Sonido obtenait 70 % d'efficacité sur taupins, les résultats sont de 50 à 60 % pour les appâts de blé", rapporte Jean-Luc Demars. Les essais menés l'an dernier par la Cecab ont permis de réaliser que cette technique est également intéressante pour lutter contre les mouches, "ce qui n'était pas connu jusqu'alors". Il y a certes des inconvénients à cette pratique : les semences de ferme à trouver, une destruction obligatoire du blé à 3-4 feuilles du maïs, un désherbage mécanique impossible, le temps passé... Mais "on n'a pas le choix, rappelle le responsable du service agronomie. C'est le sens de l'histoire, l'agrochimie telle qu'on l'a connue, c'est fini".

Et les résultats des appâts de blé sont prometteurs, avec 50 % d'efficacité pour un investissement de 10 à 30 €/ha. Les coopératives Cecab et Coop de Broons souhaitent donc approfondir la pratique, pour avoir davantage de recul avant de la proposer à plus grande échelle. Elles recherchent des agriculteurs pour la tester sur quelques ares de maïs en 2019. Une personne sera dédiée au suivi des parcelles. N'hésitez pas à vous faire connaître.

 

Les céréales à paille face aux ravageurs

"Pour une première année sans Gaucho, cela va bien se passer vis-à-vis de la JNO (jaunisse nanisante de l'orge). Il y a eu très peu de pucerons et avec un pouvoir virulifère quasi nul", constate Jean-Luc Demars. En revanche la pression en taupins est sans pareille sur céréales à cette époque de l'année. Or il n'existe pas de réelle solution de lutte. "Il faut éviter de semer trop profond. Et les pyrèthres restent une référence malgré leur efficacité limitée". À peine 50 % d'efficacité et "avec zéro rattrapage possible" pour des produits tels qu'Attack ou Langis d'après des essais Arvalis.

En matière de ravageurs, il y a un vrai message collectif à faire passer pour Jean-Luc Demars : "La lutte contre les ravageurs est bien à l'échelle d'un territoire".

Cela impliquera par exemple pour prévenir la JNO, de "détruire rapidement les repousses de céréales et de graminées entre un blé et un orge". Vis-à-vis de cette maladie, dont la plante pouvait jusqu'aux campagnes précédentes être protégée sur les premiers stades grâce au Gaucho (ce qui était le cas sur 80 % des parcelles d'orge en Bretagne), il faudra désormais lutter par des pratiques agronomiques : éviter les semis précoces notamment, et utiliser des variétés tolérantes à la JNO (Domino et d'autres variétés encore sous numéro très prometteuses). Des traitements chimiques avec des pyréthrinoïdes sont aussi possibles. Il faut dans ce cas respecter les seuils d'intervention : 10 % des plantes portant au moins un puceron ou présence de pucerons pendant plus de 10 jours dans la parcelle.

Contre les pyrales, broyer les cannes

On sait depuis de nombreuses années que le broyage des cannes permet de réduire de 50 à 70 % des larves. Si la prévention ne suffit pas, un traitement avec Coragen peut s'avérer intéressant. En 2018, il a permis de réduire de 81 % le nombre de pieds touchés et de gagner 7 q/ha dans des parcelles suivies par la Cecab chez 5 éleveurs fafeurs. Des essais Arvalis (2015 à 2018) ont aussi montré l'intérêt en maïs fourrage, avec un gain moyen de 0,8 tMS/ha. Un réseau de pièges lumineux permet de connaître le pic de vol des adultes et de positionner si besoin le traitement. 4 % des surfaces ont reçu cette protection l'an dernier.

Les néonicotinoïdes interdits

L'usage de cinq néonicotinoïdes est interdit en France depuis le 1er septembre 2018. Il s'agit de l'acétamipride, la clothiamidine, l'imidaclopride, le thiaclopride et le thiaméthoxame, comme précisé dans le décret paru au Journal officiel le 1er août 2018.

Ces substances se retrouvaient dans la composition de produits bien connus et très développés comme Gaucho, Sonido ou Imprimo. Ces produits insecticides dits systémiques (protection de toute la plante) et avec une grande persistance d'action constituait une solution de lutte efficace et simple puisqu'ils protégeaient longtemps les cultures sans intervention nécessaire de l'agriculteur, le produit étant appliqué en enrobage de la semence.

Mais ces produits qui touchent le système nerveux des insectes représentent une menace pour la biodiversité, notamment pour les abeilles. Cette raison a amené la France à interdire ces cinq néonicotinoïdes. Si trois d'entre eux font aussi l'objet de restrictions dans l'Union européenne, l'exception franco-française est une nouvelle distorsion de concurrence pour l'agriculture française selon bon nombre d'organisations agricoles. Cette réglementation peut en effet mettre les agriculteurs dans des impasses pour protéger leurs cultures des ravageurs. Pourtant, dans les années à venir l'interdiction pourrait bien s'étendre aux substances chimiques ayant des modes d'action identiques aux néonicotinoïdes. C'est en tous cas ce qu'avait annoncé le ministère de la Transition écologique en août dernier.


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