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L’agriculture, le sol et le changement climatique

Si le secteur agricole est communément incriminé comme faisant partie des émetteurs importants de gaz à effet de serre (GES) et que le rôle positif qu’il pourrait jouer se restreint souvent à la séquestration du carbone dans ses sols, sa capacité à produire des énergies renouvelables est la plupart du temps sous-estimée, voire décriée. L’agriculture reste le premier secteur d’activité capable de capter le CO2 dans l’atmosphère mais devra s’adapter au changement climatique en marche.

Les émissions françaises de GES sont estimées à 450 millions de tonnes équ. CO2/an, dont 80 millions pour l’agriculture, mais n’oublions pas que la photosynthèse de l’ensemble des cultures pratiquées sur la surface agricole française représente plus de 500 millions de tonnes de CO2 (30 millions pour la Bretagne) dépendant beaucoup de la productivité des systèmes de cultures. Ce carbone fixé par la photosynthèse sera en partie exporté par les récoltes et ingéré puis respiré par le consommateur (ou l’élevage) ou même utilisé comme énergie renouvelable retournant ainsi à l’atmosphère. Une grande part néanmoins restera dans la parcelle sous forme de résidus de récolte restitués au sol ou d’exsudats racinaires. Tout ce carbone restant sur place constitue là encore une ressource énergétique considérable pour la macro, microfaune et microflore du sol, et ce n’est que le résidu final de cette chaîne alimentaire qui contribuera au stock de carbone relativement "stable" que représente l’humus. C’est cette forme de carbone dans le sol qui est visée lorsqu’on parle de "séquestrer" du carbone.
L’agronome est aussi un éleveur
Le sol est vivant et a des besoins alimentaires. Un point de repère commun est le nombre de deux vaches qu’un hectare de surface fourragère productive peut nourrir sur l’année. Mais on n’imagine pas que la biomasse vivante totale d’un sol sur un hectare peut égaler le poids de quatre ou cinq vaches. Ces organismes vivants demandent également à être nourris si on veut préserver leur bonne activité et biodiversité en sorte qu’ils puissent tisser avec nos cultures les liens de "partenariat" étroits nécessaires à leur bonne productivité et conférer au sol toute la résilience nécessaire. En ce sens, l’agronome est aussi un éleveur et il s’attachera à proposer au sol une "ration" en quantité d’abord suffisante mais également équilibrée en énergie (carbone) et en azote. Un sol affamé, comme ce pourrait être le cas de parcelles interdites d’épandages organiques ou d’une productivité faible (en récolte et en résidus) lorsque le potentiel de photosynthèse est sous valorisé sur l’année ou encore par trop carrencé en azote, consommera de façon plus active l’humus du sol et donc le stock de carbone "séquestré ". Cette efficacité photosynthétique globale qu’il faut nous attacher à maintenir pour lutter plus efficacement contre le réchauffement climatique est et sera de plus en plus remise en cause par le changement climatique lui-même et les systèmes de cultures devront évoluer sensiblement pour s’y adapter.

On n’imagine pas que la bio- masse vivante totale d’un sol sur un hectare peut égaler le poids de quatre ou cinq vaches


Un stress hydrique estival plus long et intense
Le réchauffement peut être perçu comme permettant l’utilisation de cultivars plus productifs, mais n’oublions pas qu’il va de pair avec un stress hydrique estival de plus en plus long et intense. Cette évolution est d’ores et déjà observable puisque si de juillet à septembre, la période de stress hydrique pour les cultures qui représentait moins de 20 % de l’année dans les années 70, en représente aujourd’hui près de 30 % pour un sol moyen. Selon les prévisions de Météo France, le stress hydrique probable devrait atteindre 50 % d’ici la fin du siècle.
Les adaptations indispensables viseront certes à une optimisation de la ressource en eau du sol, mais aussi, par les choix de cultures, à maximiser une photosynthèse active jusqu’à la mi-juin puis sur l’automne. Dans cette perspective, les sols nus ou improductifs à l’automne deviendront, plus encore qu’aujourd’hui, une aberration agronomique.

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