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Le désherbage mécanique se prépare dès le semis

Face à la complexité croissante du désherbage du maïs et à son coût, le binage du maïs trouve de plus en plus d’adeptes. Culture d’été à grands écartements, c’est la culture par excellence pour se confronter au désherbage mécanique.

S’il est vrai que le désherbage mécanique intégral demande une technicité très pointue et une approche globale de la maîtrise des mauvaises herbes par les rotations et la gestion des intercultures, on observe de plus en plus de programmes de désherbages associant pour partie le désherbage chimique et le désherbage mécanique. Le binage, en particulier, intervient dans le programme de désherbage comme un rattrapage après un premier traitement chimique réalisé en prélevée ou en post-levée. Ces programmes permettent des résultats aussi satisfaisants que le tout chimique moyennant quelques précautions :
- le résultat du binage sera d’autant meilleur que les premières interventions sont réussies,
- un maïs en bonnes conditions poussantes recouvrira vite les rangs et évitera au final un re-salissement de la parcelle. Dans le cas contraire il ne faut pas hésiter à réaliser un deuxième passage de bineuse,
- hélas, …. on ne sait pas encore biner le liseron.

  Les conditions de réussite

Les conditions de réussite d’un désherbage mécanique (quel que soit l’outil) sont déterminées par la qualité de la préparation du sol et du semis :
➝ Vérifier scrupuleusement le centrage de l’attelage du semoir et l’écartement entre les rangs au niveau de la pose de la graine (des écarts jusqu’à 5 cm sont fréquemment observés) : c’est une nécessité pour pouvoir régler ensuite la position des socs de la bineuse au plus près des rangs de maïs,
➝ Un lit de semence suffisamment fin pour s’assurer d’une levée groupée des mauvaises herbes et ne pas intervenir trop souvent,
➝ Un sol avec le moins de reliefs possible (traces de roues du semoir effacées, sillons de semis peu marqués, absence de bourrelets entre les passages de herse…),
➝ Semis un peu plus profond et un peu plus dense, en particulier si on envisage un passage de herse étrille,
➝ Les outils de désherbage mécanique ne supportent pas les résidus végétaux grossiers en surface (couverts végétaux ou pelisses de prairie non enfouis).

Associer les outils pour aller vers du tout mécanique
Deux autres outils, la herse étrille et la houe rotative, apportent une efficacité complémentaire au fonctionnement des bineuses. Ces deux outils travaillent sur la largeur totale de la parcelle, y compris sur le rang de la culture. Cependant, ils ne seront efficaces que sur des adventices très jeunes et si possible au simple stade de la germination. Les conditions idéales de passage se situent avant la levée du maïs, 5 à 8 jours après la date de semis, en fonction de la température du sol et de la dynamique de levée. La période d'intervention est donc très courte et le réglage (de la herse étrille en particulier) peut s’avérer très délicat : il faut trouver un juste milieu pour détruire les adventices et non la culture.

Le faux semis : une autre façon de voir le désherbage mécanique
Dans une culture comme le maïs, la gestion des adventices peut être gérée, au moins partiellement, avant l’implantation de la culture par la réalisation de faux-semis. L’objectif de ces interventions est de déstocker le plus précocement le stock de graines de mauvaises herbes présent dans les premiers centimètres du sol et qui sont susceptibles de germer pendant le cycle de la culture. Pour cela, plusieurs passages sont nécessaires afin de faire lever puis de détruire ces mauvaises herbes avant l’implantation de la culture : la règle essentielle consiste à passer les outils de manière de plus en plus superficielle. On peut par exemple imaginer un premier passage permettant d’enfouir les couverts végétaux ainsi que les fumiers ou lisiers après épandage, suivi d’un passage d’outil à disques ou à dents ne travaillant qu’à 5-10 cm de profondeur, 10 à 15 jours avant les semis, avant de réaliser un passage de herse étrille très agressif pour détruire les levées provoquées par les passages précédents. Cette technique est particulièrement appropriée pour les mauvaises herbes qui ont des levées printanières telles que les renouées, les chénopodes et atriplex, mais surtout les véroniques. Elle sera certainement moins efficace sur les espèces strictement estivales (panics, sétaires, digitaires, amaranthes) et dans une moindre mesure sur des espèces à levée échelonnée comme la mercuriale ou les linaires.
Dans de bonnes conditions on peut espérer une efficacité de destruction de 50 à 70 % des mauvaises herbes, ce qui donne bien plus de souplesse pour la suite.

binage

Une question de philosophie...

Producteur de lait à Pléboulle en système extensif, Alain Daniel s'est lancé dans le désherbage mécanique l'an dernier. Si les résultats ont été mitigés, il va persévérer cette année, fort de l'expérience déjà acquise. "L'an dernier, j'ai fait deux passages de houes rotatives dans le blé et j'ai eu beaucoup de pâturin. J'ai aussi commencé le désherbage mécanique sur 4 ha de maïs mais comme je suis passé trop tard, le maïs a été sale".
Producteur de lait, "la normande dans la peau", Alain Daniel reconnaît volontiers être "un débutant" dans le désherbage mécanique. Pour autant, "je suis quand même content des rendements que j'ai eus et je vais recommencer cette année, en apprenant des erreurs que j'ai pu faire", explique-t-il Pas convaincu par la houe rotative, qu'il juge très bien pour décrotter mais pas pour le désherbage, cette année, il repart en désherbage mécanique sur 6 ha de maïs. "Je pars sur l'idée de faire deux ou trois passages de herse étrille et bineuse", estime encore Alain Daniel. En fonction bien sûr de la météo, car avec un printemps plutôt sec, le travail sera plus facile alors que si mai et juin sont humides, la tâche va se compliquer.
Pour l'agriculteur, passer au désherbage mécanique, c'est une question de philosophie. "Je ne suis pas en bio mais je souhaite réduire le plus possible les traitements et montrer que c'est possible en conventionnel". À la tête d'une exploitation de 40 VL, sur 53 ha dont 30 ha d'herbe, il définit son système comme étant basé sur l'économique, avec des animaux rustiques qui "marchent bien" et peu d'investissements dans le matériel ou les bâtiments. "En partant de là, j'essaie d'aller le plus loin possible dans l'extensif", conclut Alain Daniel, pour qui il y a encore plein de techniques à explorer et qui met en avant la nécessité de répondre aux attentes des consommateurs. / Arnaud Marlet

Alain Daniel
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