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Sol, cultures, animaux... Une histoire de   cohérence

L’autonomie fourragère, jusqu’où ? Depuis la vache tarie jusqu’au veau, au Gaec du Rendez-vous à Sulniac (56), la journée organisée par la FDSEA du Morbihan à la faveur de sa rencontre annuelle laitière du 1er juillet dernier, a mis l’accent sur le continuum entre le sol, les cultures et la santé des animaux. Tout est affaire de cohérence.

Un après midi ou les avantages et limites de l’autonomie fourragère ont été décortiqués.

Un dialogue constant entre agronomie et santé du troupeau. "L’autonomie, l’autonomie protéique, c’est le sujet du moment mais attention à ne pas aller trop loin", cadre d’emblée Jean-Luc Le Benezic, agronome de Capinov/Eureden, qui avec Cyril Urlande, vétérinaire en production bovine Eureden, ont fait la démonstration de ce va-et-vient nécessaire entre "le sol, les cultures qui font le système fourrager, et les animaux". Et ce, au travers d’un inventaire par catégorie d’animaux sur la ferme, prenant pour cas concret, le système développé sur le Gaec du Rendez-vous. Une ferme familiale à cinq associés et une apprentie, menée sur 213 ha répartis sur trois communes, un troupeau de 135 laitières, et la suite, donnant 1,3 million de litres de lait. Un Gaec adepte des TCS, techniques culturales sans labour, avec 30 ans de non-labour à son actif, membre de l’association Base depuis 20 ans et un raisonnement des rotations "en fonction des apports organiques".

Taries, un œil sur la BACA
Pour les taries, "ce qui est le plus important, c’est de maximiser l’ingestion du fourrage et viser les 12 kg de matière sèche au moment du vêlage. On y arrive en contrôlant l’engraissement", recommande le vétérinaire, mettant en garde sur des vaches trop grasses, à l’ingestion plus faible. Et un temps d’adaptation à prendre en compte, "flore, bactéries, valeur fourragère, les vaches mettent trois à quatre semaines à s’adapter au fourrage des laitières". Autre indicateur à intégrer, "le taux de protéines, 13 % de MAT et 1 000 PDI en préparation de vêlage", appuie le docteur. Pour travailler l’ingestion, "la présentation du fourrage joue. À 3-4 cm, elles mangeront plus", illustrant par une ration idéale à 12 kg de MS soit un mélange de 5,5 kg de maïs, 2,5 de correcteur, 4-5 kg de paille."Attention à la BACA, (balance alimentaire cation-anion), apportez des foins de bonne qualité mais peu riches en potassium pour vos taries", reprend alors l’agronome, Jean-Luc Le Benezic, pointant son espèce "4/4, passe partout, la fétuque élevée". Au Gaec du Rendez-vous, c’est la luzerne qui prime, "pour son coté fibreux et sa bonne pousse d’été", sur des parcelles gardées cinq ans, précise Xavier Luherne, un des associés. "Pour avoir une BACA équilibrée, il n’y a pas de bon système mais il faut s’adapter au sol", résume Cyril Urlande.

Pâturage dynamique tournant
A Sulniac, sur les 213 ha, l’accessibilité du troupeau, sans avoir à traverser de route, est de 30 ha, 24 ha de paddocks de deux jours, "avec retour à trois semaines, et on ajuste derrière la ration à l’auge" et 6 ha pour les génisses. Un système de paddocks "qu’on a toujours fait, y compris pour les petites génisses qu’on habitue à ce pâturage tournant dynamique", détaillent les membres du Gaec. "Attention à la vermifugation, comme les antibiotiques, ce ne doit pas être automatique", scande le vétérinaire pour protéger la vie du sol qui accélère, entre autres bienfaits, la dégradation des bouses. "Estimez le risque plutôt que du systématisme, avec le pâturage dynamique, on n’a pas besoin de vermifuge". L’herbe, "c’est la culture la plus dure à réaliser, c'est la patte technique de l’éleveur qui fait tout", enchaîne l’agronome avec une variabilité allant de "1 à 5 de rendement et de revenu entre éleveurs avec la même surface". Une herbe qui se nourrit, "elle est plus gourmande qu’on ne le pense, amenez des fumiers de la vielle année à l’automne, le carbone à l’automne, et l’azote au printemps". Alors à quelle hauteur d’herbe faire entrer et sortir ses vaches ? "Une herbe offre 18 kg de MS/j au maximum, on l’obtient en entrant entre 12 et 14 cm de haut et à 8 cm de sortie, pas plus sinon il y a des risques d’infestation par les strongles". Idem en matière de fauche, ne pas aller en deça de 7/8 cm, "pour permettre aux bourgeons auxiliaires de repartir, c’est comme ça qu’on garde des prairies vertes".

Vertes prairies
Plus une feuille est verte et plus elle aura conservé de protéines disponibles, "et on espace de 21 jours pour que les vaches ne consomment que les feuilles vraies". Enfin, "ne regardez plus le PH de vos sols mais votre calcium, amenez-en. Le calcium et le magnésium, c’est un couple important, vous favorisez les bactéries essentielles pour le sol et en chaulant, vous faîtes travailler l’azote organique". Une herbe précieuse, "l’herbe fraîche vaudra toujours mieux que conservée", note le vétérinaire pointant ses 20,5 % de sucre, contre 10 % pour du foin ou les 6 % pour de l’herbe enrubannée. De plus, "l’herbe se marie super bien avec le maïs", enchaîne Cyril Urlande. Un tandem que le Gaec du Rendez-vous conserve pour ses vaches. Reste le coût de l’herbe que les animaux vont chercher eux mêmes, "l’herbe pâturée, c’est 27 euros la tonne de MS", le fourrage qui offre le meilleur coût de revient.
Une bonne alimentation, de l’eau, du confort, des fondamentaux qui auront été rappelés au cours de cette journée, car "ce sont bien les conditions d’élevages qui font la production et expliquent plus de 80 % de la variation de production", rappellent de concert, vétérinaire et agronome.

 

GRAPH

 

 

Veaux, cap croissance

Limités en bâtiments, les associés du Gaec ont choisi d’y rationaliser le nombre d’animaux présents et d’optimiser l’âge au vêlage à 24 mois avec des IA autour de 14 à 15 mois, dès le poids de 400 kg atteint par les petites génisses, avec un suivi régulier de croissance par le calcul du tour de poitrine. "Tout retard de croissance est préjudiciable", conforte le vétérinaire Cyril Urlande d’Eureden, sur les besoins nutritionnels du veau."Les cellules de la mamelle se développent durant la phase lactée", insiste-t-il, rappelant notamment l’importance de donner très rapidement quatre litres de colostrum", après la naissance. Pour un objectif de 850g de GMQ à 24 mois, "il faut donner un kg d’extrait sec pour un veau de 50 kg, c’est cinq à six litres de lait entier pour passer très rapidement à huit pour avoir une bonne croissance" situe-t-il les besoins nutritionnels du veau qui, adulte, apportera dès la première lactation, 450 l de lait supplémentaires, "soit plus de 130 euros de plus dès la première lactation". Et d’inviter à faire vieillir les vaches au-delà d’un minimum de trois lactations, "il y a du gain à faire".

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