"On vit une guerre économique"
Invité à intervenir à l'occasion de l'assemblée générale de la FDSEA 35 qui se déroule le 20 février prochain, Gil Rivière-Wekstein a accepté de nous apporter son décryptage et son regard sur le "divorce" entre le monde rural et le reste de la société civile.

Quelle définition donnez-vous à l'agribashing ?
Gil Rivière Wekstein. L'agribashing, ce n'est pas la critique d'un modèle, c'est un terme qui va bien au-delà. C'est le dénigrement de l'agriculture conventionnelle de manière systématique, continue, et répétée, avec des arguments mensongers et dans l'objectif de nuire. Par exemple, quand L214 annonce vouloir se préoccuper du bien-être des animaux, ce n'est pas la vérité. Leur volonté, c'est de fermer les abattoirs. Autre exemple, quand Élise Lucet fait un reportage sur les pisseurs volontaires de glyphosate, comment se fait-il qu’elle confie ses analyses à un laboratoire allemand alors que les résultats ne sont pas fiables ? N’a-t-elle pas investigué avant ? Or, il a fallu que des agriculteurs fassent eux mêmes le test avec un autre laboratoire pour montrer l’intox. L'agribashing s'exprime ainsi à travers l'utilisation de méthodes contestables, mensongères et sans jamais apporter aucun élément de rectification.
Et selon vous, à qui profite "le crime" alors ?
G.R-W. On vit une sorte de guerre économique qui vise un secteur : l'agriculture conventionnelle. C'est le résultat d'intérêts convergents à la fois commerciaux, de partis politiques et d'ONG. C'est une guerre économique, mais avec une singularité, sans influence de pays extérieurs, hormis peut-être l'argent qui vient de certaines entreprises de la Silicon Valley qui soutiennent des associations de bien-être... et qui développent des start-ups dans les filières végétales.
L'exemple du glyphosate reflète-t-il un versant de cette "guerre économique" ?
G.R-W. Absolument. C’est un parfait exemple. Avant mars 2015, tous les jardiniers de France avaient un bidon de glyphosate à la maison. C'était un non sujet. Aujourd'hui, à peine cinq années plus tard, la demande de la population est unanime sur son interdiction et tout ça sur des bases totalement fantaisistes. Dans mon dernier ouvrage Glyphosate, l’impossible débat, j’explique les causes de ce renversement, qui doit beaucoup aux intérêts de certains cabinets d'avocats américains. Je démontre comment ils ont alimenté une grande partie de la presse française, qui a repris leurs éléments de langage. Je décortique ce qui est selon moi, la plus grande manipulation médiatique de ce début de siècle. Paradoxalement, ces avocats ne réclament pas l'interdiction du glyphosate aux États-Unis : ils se battent pour obtenir quelques milliards de dollars de Bayer en dédommagements financiers pour leurs clients. Et au final, les agriculteurs français seront les seules victimes collatérales de ce gigantesque jeu d’influence.
Que vous inspire le discrédit dont souffrent les organismes officiels et scientifiques ?
G.R-W. Le discours anti scientifique, avec la mise en cause de nos agences sanitaires, fait partie intégrante de cet guerre économique. Présenter l'Anses comme un organisme à la botte de lobby, n’est pas crédible pour ceux qui connaissent son fonctionnement. Pire, tout ça jette un discrédit sur les institutions de l'État français et, ensuite, de l'Europe. Dois-je vous rappeler que la montée des mouvements extrémistes en Europe s’est toujours nourrie du "tous pourris" et de l’anti-parlementarisme ? Ce jeu est très dangereux. On ne construit pas une nation dans l'anarchie. Heureusement, je pense qu'une prise de conscience est en train de naître.
Comment les agriculteurs peuvent-ils réagir ?
G.R-W. Tout d'abord, les agriculteurs doivent se rappeler que la population a une forte confiance en eux. C’est une des professions les mieux aimées des Français. Il faut donc qu’ils n’hésitent pas à prendre la parole, dans les médias et sur les réseaux sociaux, en apportant leur connaissance, en expliquant leur métier. Les agriculteurs ont de nombreux atouts, à commencer par un langage de vérité. Notre agriculture, telle qu'elle est réalisée aujourd'hui, est considérée comme une des meilleures au monde, par plusieurs organismes, notamment la revue The Economist. Et notre alimentation est de très loin l’une des meilleures du monde. Tous les acteurs, y compris les hommes politiques, doivent avoir conscience des enjeux et prendre la parole en s'appuyant sur les faits et en combattant les fake-news. Car, je le répète il s’agit d’une vraie guerre économique.
Glyphosate : l’impossible débat. Intox, mensonges et billets verts
Après Panique dans l’assiette ! ils se nourrissent de nos peurs (2017) et Bio : fausses promesses, vrai marketing (2011), Gil Rivière Wekstein publie un nouveau livre : Glyphosate : l’impossible débat. Intox, mensonges et billets verts dans lequel il révèle comment l’opinion publique, pour laquelle le sujet du glyphosate n'existait pas il y a encore cinq ans, a été retournée, alors que l'ensemble des agences sanitaires n’a jamais lancé la moindre alerte. Désormais, le mot glyphosate s’invite aux repas en famille ou au café entre amis, où il est invariablement associé aux mots poison et cancer.
Le livre fournit des réponses à ceux qui se demandent comment on a pu en arriver à une telle situation.
INFO : En librairie ou à commander sur glyphosate-impossible-debat.com Editions le Publieur - 18 €











