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S'installer en relançant une race locale

Philippe Marchand, 49 ans, et Emilien Mondher, 28 ans, se sont installés à Betton en Bretonne Pie noir en octobre 2019. Le confinement, lié au Covid-19, a accéléré l'ouverture de leur magasin à la ferme. Rencontre avec des producteurs à la démarche originale.

Philippe Marchand est issu d'une famille d'agriculteurs et originaire du sud du bassin rennais. Pour autant, lui a travaillé pendant 16 ans à l'export de génisses pleines et de vaches laitières, chez Ouest génisses. Emilien Modher a pour sa part fait des études agricoles, avant de se lancer dans la vie professionnelle en tant que conseiller transmission, chez Cogedis. Un poste qu'il occupera pendant sept ans. "Mes parents ont une ferme en Normandie et j'avais l'idée de m'installer en transformation avant mes 30 ans", précise-t-il. C'est pourquoi il décide de suivre une formation de fromager dans le Jura. "Moi j'avais envie de retourner à la terre", ajoute Philippe. Les deux hommes vont donc trouver l'opportunité de jumeler leurs deux projets en un seul. Et originalité de leur démarche, ils la réalisent par le biais de la location. "On a fait un bail de 14 ans, pour le bâtiment et sur 23 ha. La propriétaire de l'exploitation continue elle à exploiter le reste des terres pour faire des cultures". Avec ce modèle, Philippe entend ainsi "finir sa carrière" et Emilien espère ensuite reprendre l'exploitation familiale en Normandie. Le 1er février, tous les deux quittent leur emploi respectif. "Ça nous a permis de travailler sereinement sur la construction de notre projet. Avec la fédération des races locales, on est allé visiter de nombreuses fermes de l'association et on a constitué notre troupeau en sillonnant les élevages de la région", explique Philippe. Le Gaec du Gros Chêne voit le jour officiellement le 1er octobre 2019. L'hiver permet de faire tous les travaux pour la fromagerie et la salle de traite, mais aussi les essais de tommes. "On avait prévu d'ouvrir le magasin à la ferme juste au moment du confinement", confie Emilien. Dans un premier temps, ils envisagent de reporter l'ouverture. "Finalement, on a vu que la période était propice au développement de la vente directe et on a des voisins qui nous sollicitaient", ajoute le fromager. Si bien qu'ils décident d'ouvrir tous les vendredis de 16h à 19h, pour vendre yaourts, fromage blanc, formage, lait, cidre maison, confitures.... Ils comptent déjà une cinquantaine de clients par semaine. Aujourd'hui, leur troupeau compte une quinzaine de vaches laitières et ils produisent environ 600 litres par semaine. L'objectif étant de doubler la production d'ici un an.
Se différencier
Mais pourquoi avoir opté pour la race Bretonne Pie noir ? "Dès le départ, on voulait se différencier et être sur un système pâturant. C'est une race très résistante, qui vêle toute seule, avec beaucoup de caractère, mixte et qui peut être assez bien valorisés aussi en viande", confie Philippe."C'est aussi une volonté de participer à la relance de la race et d'avoir un atelier de transformation pour garder la valeur ajoutée sur le territoire", complète Emilien. Pour l'organisation du travail, Philippe s'occupe davantage de la traite et du troupeau, et Emilien de la partie transformation. Ils ont choisi la monotraite, "on a moins de lait avec la Bretonne Pie noir, mais plus de taux", et se relaie un week end sur deux. L'autre avantage de la monotraite le matin, c'est de pouvoir transformer directement le lait chaud. Une journée type sur l'exploitation commence à 7h30 avec la traite. Emilien récupère le lait et termine les travaux de la veille. L'objectif étant que le travail de la fromagerie soit terminé en fin de matinée. "L'objectif de notre installation était d'avoir le minimum d'investissements avec un loyer raisonnable. C'est aussi pour ça qu'il fallait optimiser le pâturage et avoir le moins de charges possibles", expliquent les deux éleveurs. Pour leur installation, ils avaient chacun 20 000 euros d'apport et ont emprunté 80 000 euros qui ont couvert la rénovation de la salle de traite, la construction de la fromagerie et les coûts de reprise. Sur les 23 ha, 2,5 ha sont consacrés à la culture de mélange céréalier et pour le matériel, ils passent par la Cuma de Betton.
Pour l'avenir à court et moyen terme, les deux hommes fourmillent déjà de projets. A commencer par terminer les travaux d'aménagement du bâtiment (bureau, réfectoire, accueil des clients), et ils envisagent également de diversifier leur production avec la vente de caissettes de viandes.
 

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