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Tchéquie, une agriculture en voie de disparition

Petit pays d’Europe centrale, la Tchéquie n’est pas plus grande qu’une région française. Depuis la chute du Mur de Berlin, son agriculture a été complètement abandonnée à quelques apparatchiks de l’ancien pouvoir, notamment son Premier ministre qui a touché plus de 40 millions d’euros de la PAC en 2018. Le choix a été de favoriser les services et les nouvelles technologies au détriment de l’industrie lourde et l’agriculture. L’élevage a quasiment disparu avec un déstockage massif de bêtes vers l’Ouest, et les grandes cultures se sont structurées pour fournir en matières premières ses grands voisins allemands, autrichiens et polonais. Les filières n’ont pas réussi à garder d’outils industriels agroalimentaires dans le pays.

souvenir de la lutte contre le régime communiste.
© Christophe Dequidt

L’Homme de la rue en Tchéquie a une opinion favorable de son Agriculture. Les anciens qui ont connu les Kolkhozes connaissent les travaux des champs et ont gardé des racines rurales. Ils savent la somme des efforts pour produire. Du côté des jeunes, issus de la fin du communisme, ils n’ont que peu d’intérêts pour les pratiques et les contraintes demandées aux agriculteurs. Ils ont vécu, notamment depuis l’adhésion à l’Europe, une période faste qui leur a ouvert un champ du possible sur une variété de nourriture et sur des biens matériels que leurs parents n’auraient même pas imaginés.
Le gouvernement, depuis 2004, a mis en place de nombreux labels de qualité, reconnus de tous. Globalement la population est confiante dans sa nourriture. Le bio reste marginal avec moins de 2 % de la consommation, sans doute à cause de son prix inabordable pour des salaires faibles. Le pays est pourtant le 3e en termes de superficie bio en Europe avec un fort développement de la production, exportée en Autriche et en Allemagne.

 

Tchéquie

2004, une date clé

Les agriculteurs tchèques ont bien vécu l’arrivée dans l’Europe, le 1er mai 2004, mais sont aujourd’hui plutôt amers sur la PAC. Ils estiment que de nombreuses promesses n’ont pas été tenues. Cette impression, il faut toutefois la relativiser car nombreux sont les agriculteurs qui ont bénéficié d’aides directes sur des projets de construction de bâtiments. Le versement des subventions avec un barème d’aides en fonction des surfaces ne leur convient pas car ils ont les fermes les plus grandes en surface d’Europe. Dans un système de fermes coopératives où il y a de très nombreux propriétaires, c’est pour eux injuste. "Nous faisons de l’agriculture et souhaitons être au même niveau qu’un agriculteur français", entend-on régulièrement dans les campagnes. "N’oublions pas que ce sont les grandes fermes qui créent des emplois".

 

La coopération souffre

Après une période de 44 ans de communisme, tout ce qui se rapporte à une organisation mutualiste a été rejeté. On ne trouve pas de Cuma ou de coopératives comme nous l’entendons chez nous. Paradoxalement, certaines fermes font penser aux anciens kolkhozes mais sous la forme de ferme coopérative "capitaliste". Ces grandes exploitations ont été créées par des hommes d’affaires qui ont racheté les terres en masse avec la privatisation à la chute du Mur. Les filières non pas pu s’organiser comme en France. La Tchéquie voit la majorité de ses productions partir à l’étranger pour revenir transformée.
L’industrie lourde et l’agriculture n’intéressent plus les dirigeants de ce pays qui a basé son développement sur le tourisme, les services et les nouvelles technologies. Ce petit pays a connu un exode rural très important car les paysans ne parvenaient plus à vivre décemment. Seuls 2,3 % de la population travaille encore dans l’agriculture. Les outils agroalimentaires n’ont pas fait l’objet d’un intérêt national et sont détenus à 90 % par des étrangers.

Tchéquie

Le pays en chiffres

Superficie : 78 866 km² soit équivalent de 14 % de la France
SAU : 3 791 km² soit 12,5 % de la France
Population : 10,5 millions d’habitants dont 2,7 % travaillent en agriculture
PIB (2017) : 192 milliards € (plus de 10 fois inférieur à celui de la France) dont agriculture 2,4 % ; industrie 38,1 % ; services 59,5 %.

 

Tchéquie

Témoignage

La ferme coopérative Agra est symbolique de l’agriculture tchèque. Créée en 1993, au moment des privatisations de l’agriculture, elle est composée de 250 membres dont la moitié est propriétaire de capital. Les cinq actionnaires principaux sont les cadres de l’entreprise. Le chiffre d’affaires global est de 10 millions d'euros pour un résultat distribué de 1,2 million. La majorité des 70 salariés travaille jusqu’à 230 heures par mois pour un salaire moyen de 1 000 €.

 

Tchéquie

Les 3 500 ha cultivés à la ferme coppérative sont loués à des personnes qui les ont reçus à la fin du communisme. Les anciens dirigeants du kolkhoze local se sont mutés très rapidement en managers capitalistes. Ils ont tout d’abord cherché à acheter ces terres libérées à des prix modestes à 2 000 €. Elles en valent aujourd’hui cinq fois plus. 250 propriétaires ont souhaité garder leur propriété qu’ils louent à la ferme coopérative. Ils ont la possibilité d’acheter des actions pour être à la fois apporteur de terres mais aussi de capitaux. 123 d'entre eux ont investi, le reste des actions est réparti dans le personnel.

 

Des résultats très corrects

L’assolement est de 1 500 ha de blé, 450 d’orge de printemps (malterie), 1 000 de maïs (alimentation animale) et 500 de colza (agrocarburant). Les plus grandes parcelles font 40 ha mais la moyenne est proche de 10 ha. Les rendements moyens en blé sont de 70 à 80 q/ha, valorisé chez le voisin allemand à un prix supérieur à 250 €/t. Le coût de production total, salaires inclus est légèrement supérieur à 140 €/t (peu de traitement, engrais de fumier, salaires bas). Le colza (45 q/ha pour un prix de 350 €/t) et le maïs sans irrigation proche de 10 t/ha, complètent les productions. L’orge est sous contrat avec les malteries Soufflet. Agra a investi récemment dans une capacité de stockage de plus de 20 000 tonnes ce qui lui permet de jouer sur les marchés.
En production animale bovine (650 têtes), les races Montbéliarde et Fleckviech (race locale) ont été choisies pour leur rusticité. La production globale est de proche de 2 millions de litres par an, vendue chez Danone à 320 €/1 000 l. 20 personnes sont dédiées à l’élevage bovin. Un prochain projet devrait les amener à construire avec des fonds européens, une nouvelle étable dotée d’une unité de méthanisation et d’un robot.
Il y a aussi un vignoble de 100 hectares dont 98 % de la récolte est vendue en Tchéquie dans des réseaux locaux. Les 2 % restants sont réservés au personnel.

 

L’Europe indispensable... mais contraignante

L’exploitation touche environ 250 000 € de subventions européennes, sans inclure les aides liées aux investissements matériels. L’impression par rapport à Bruxelles est très partagée. "Nous touchons des subventions qui nous aident mais en contrepartie on nous impose des règles faites par des fonctionnaires pas compétents et qui coûtent cher", soupirent les dirigeants de la ferme.

 

 

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