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Evelyne Kervadec : "Casser ce plafond de verre et la charge mentale des femmes"

"J’aurai un statut dans la vie", c’est par cet engagement d’adolescente qu’Evelyne Kervadec, éleveuse laitière en Gaec avec son époux, à Landévant (56), s’est construite. Élevée à l’école des responsabilités par ses mandats successifs, elle est la seule femme à siéger aujourd’hui au conseil de surveillance d’Eureden.

Après de nombreux mandats dans les organisations professionnelles agricoles, Evelyne Kervadec est la seule femme parmi 25 hommes à l’union des coopératives d’Eureden. La première mais pas la dernière, car "un tier des agriculteurs sont agricultrices".

1974, entrée au collège, fiche de liaison : "pour la profession de ma mère, j’ai coché femme au foyer. Il n’y avait pas d’autre case pour définir ce métier qu’elle exerçait pourtant à parité avec mon père sur leur ferme. J’ai toujours eu l’impression qu’ils étaient égaux". Évelyne, seule fille avec quatre frères "plus souvent sur le tracteur qu’à faire la vaisselle"… De cet instant est né un engagement, une affaire de reconnaissance et de visibilité : "j’aurai un statut dans la vie", se souvient s’être dit Evelyne Kervadec, féminine, au parlé franc et regard direct, cheveux courts, "féministe aussi". Alors, quand elle s’installe à la ferme de Bodavel, à Landévant, en 1992 avec Hervé, son époux, "c’était une évidence que je sois cheffe d’exploitation, comme lui, en EARL parce que la reconnaissance du Gaec entre époux, c’est effrayant mais c’est très récent !".

 

La force du collectif

La force du groupe, elle la développe avec le GVA. "Le collectif, j’ai appris cela avec Hervé, c’est dans son ADN, il me l’a transmis", rend-elle hommage à ce compagnon, cumiste convaincu, conseiller municipal sur sa commune, son alter ego, sur l’exploitation comme dans leur couple. Présidente de son GVA, elle rentre ensuite en 1993 au conseil d’administration du service de remplacement puis au bureau, tout en prenant du recul avec les responsabilités au sein du GVA. "Le sujet m’intéressait, je n’y allais pas pour faire figuration. Quand j’y vais, c’est pour faire le job". En 2006, repérée, elle est élue au bureau de la chambre d’agriculture, "j’y étais la seule femme. Il fallait que je me forme pour ce mandat. C’est important, partout il faut penser à la formation des élus". Elle est réélue en 2012. Quant à la politique ? "On est venu me chercher par deux fois, j’ai décliné. J’ai du mal à mélanger politique et responsabilités professionnelles". Avec des priorités claires, Évelyne Kervadec a toujours "hiérarchisé ce qui était important pour moi, en premier lieu ma famille, en second mon travail et l’exploitation et enfin mes responsabilités", dit-elle veillant à respecter cet équilibre. "Je n’ai pas que le statut d’agricultrice, je suis agricultrice", revendique-t-elle sur l’engagement pris. "On est à deux, et l’équilibre est dans ce chemin".

Quand j’y vais, c’est pour faire le job.

Le choc de l’agrandissement

En 2013, l’exploitation voisine est à céder. "On l’a reprise pour assurer la pérennité de notre ferme. Nous avons doublé notre troupeau, passant de 50 à 100 vaches, doublé la surface passant de 60 à 120 ha… Tout repenser et tout recommencer à 50 ans. C’est comme une réinstallation mais tu n’as plus 30 ans". Pour bâtir cette entité cohérente, "nous avons réaménagé à minima, pour que ce soit fonctionnel". Mais reste une charge de travail, et une réorganisation importantes. Fidèle à ses priorités, "j’ai démissionné de la chambre pour me consacrer totalement à l’exploitation". Trois ans plus tard, malgré l’embauche d’un salarié, éreintée, à deux doigts du burn-out "je me suis permis de craquer. J’étais épuisée psychiquement et physiquement", raconte-t-elle sans faux semblant. Long arrêt. Evelyne Kervadec entreprend alors de suivre une session "Continuer ou se reconvertir" avec la chambre d’agriculture et la MSA, "je ne savais plus où j’en étais, ça m’a fait un bien fou en recadrant les choses et c’était bien agricultrice que je voulais continuer à être".

 

Se former et oser

Et il y a le mandat qui aide, qui relève : "le président de la Cecab est venu me chercher. Il connaissait mes valeurs, et le fait d’être une femme a été un plus. J’ai dit oui. La coop, c’est un humain-une voix, vraiment. Les agriculteurs y ont du poids", affirme-t-elle, convaincue. Reste que, "pour être efficace, il faut monter en compétences. La Cecab m’a inscrite à une formation allant de la prise de parole, en passant par l’économie et la finance". Passionnant pour cette femme qui est rentrée seule, parmi 25 hommes, au conseil de surveillance de l’union des coopératives d’Eureden. "Oui, peut mieux faire, il y a encore du chemin pour que les choses changent en matière de parité. Il va falloir passer par de l’obligation pour qu’on laisse les femmes accéder à ces responsabilités. Mais il y a aussi nous, les femmes, qui n’osons pas y aller. Il faut se former et oser, casser ce plafond de verre et la charge mentale qui bloque pour s’engager".

 

 

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