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Luzerne déshydratée, une piste intéressante pour produire du lait bio en hiver

À Trévarez, l’apport quotidien de 3 kg de luzerne a permis d’augmenter la production laitière de 1,9 kg de lait par jour. Effets sur la production laitière et résultats économiques, cet article détaille tous les résultats obtenus lors de cet essai.

Une déshydratation possible que dans certaines zones.
© Chambres d’agriculture de Bretagne

Pour produire du lait bio en hiver, il faut apporter aux vaches des rations suffisamment riches en énergie et en azote en utilisant au maximum les ressources fourragères de son exploitation. Par ailleurs, la demande pour une alimentation française des vaches, voire plus locale encore, est de plus en plus forte en bio. Les bouchons de luzerne déshydratée peuvent répondre aux deux attentes : être une source d’azote pour améliorer l’équilibre de la ration, et être "origine France". La luzerne déshydratée peut être produite directement sur la ferme si elle se trouve à proximité d’une usine de déshydratation, ou achetée.

 

Des essais en station pour évaluer des rations bio

Basées sur les stocks d’herbe (ensilage, enrubannage, foin), les rations bio sont souvent moins bien ingérées que les rations conventionnelles, et avec un équilibre énergie/azote pénalisant la production laitière espérée. Les essais réalisés en hiver depuis 2014 à la station expérimentale de Trévarez (chambres d’agriculture de Bretagne en partenariat avec Idele) ont pour but de mieux connaître les performances permises par les rations le plus souvent pratiquées en bio et de tester différents "menus".

 

Un apport de 3 kg de bouchons de luzerne par jour

Un essai a été mis en place sur 3 mois pendant l’hiver 2018/2019 sur la ferme expérimentale de Trévarez, en partenariat avec La Coopération Agricole Luzerne de France, pour évaluer l’intérêt d’un apport de 3 kg bruts de bouchons de luzerne déshydratée. La ration de base des animaux était composée de 5 kg MS d’ensilage de maïs et d’ensilage d’herbe récolté à un stade précoce (RGH-TV en majorité) offert à volonté (10 kg MS ingérés). Le concentré énergétique distribué lors de la traite au robot était autoproduit (1 kg/VL/jour de mélange céréalier grain sec). Le lot "avec luzerne" recevait en plus de la ration de base, 3 kg de bouchons de luzerne déshydratée chaque jour. L’essai a porté sur une luzerne bio à 18 % de MAT.

 

Une ingestion stimulée

L’essai réalisé a montré que l’apport de bouchons de luzerne a un effet bénéfique sur l’ingestion totale (+2,9 kg MS/VL/jour) (1). Le supplément de luzerne déshydratée n’entraîne pas de baisse de consommation de fourrage par substitution.
La distribution de 3 kg de bouchons de luzerne déshydratée à 18 % MAT a permis d’améliorer l’équilibre énergie/azote de la ration hivernale : + 8 g PDI/UFL. Par contre, la valeur UFL de la luzerne entraîne une plus faible concentration en énergie de la ration. Mais comme les vaches recevant la luzerne ont ingéré plus, elles ont globalement ingéré plus d’énergie (+1,9 UFL/jour) et plus de PDI (+285 PDIE/jour). Ce supplément d’ingestion est peut-être à l’origine de la moindre perte de poids constatée sur les animaux ayant reçu de la luzerne.

 

luzerne déshydratée

Une production laitière améliorée

L’apport des 3 kg de luzerne a eu un impact significatif sur la production laitière : +1,9 kg de lait/VL/jour en moyenne (2). Par contre, aucun impact de l’apport de la luzerne n’a été constaté sur le TB. Une tendance à l’augmentation du TP a été observée mais n’a pas été confirmée par l’analyse statistique.
Pendant les deux semaines qui ont suivi l’arrêt de l’apport de bouchons de luzerne, les vaches du lot luzerne ont continué à ingérer plus (+1,4 kg MS/VL/jour) et ont produit significativement plus de lait (+1,3 kg/VL/jour). Les animaux sont ensuite sortis au pâturage.
L’augmentation de la production laitière grâce à la luzerne permet une augmentation du chiffre d’affaire lait (3). La marge sur coût alimentaire a été calculée dans le contexte de prix de Trévarez pendant l’hiver 2018/2019 (4) pour un troupeau de 75 VL. L'essai ne permet pas de dire si en élevage l'arrière-effet serait aussi constaté lorsque les vaches reçoivent de la luzerne jusqu'à la mise à l'herbe.

 

Un achat qui n’a un intérêt économique que dans certaines conditions

À partir des performances zootechniques mesurées, la marge sur coût alimentaire a été calculée avec différents contextes de prix du lait et prix d’achat de la luzerne. La simulation a été réalisée à partir des données de Trévarez, en considérant un troupeau de 75 VL avec 25 % de primipares, utilisant de la luzerne pendant 3 mois de ration hivernale (4). Ainsi, le prix d’achat de la luzerne à 18 % de MAT ne doit pas dépasser 60 % du prix de base du lait vendu pour que l’achat reste rentable (5). Cette simulation n’intègre pas un éventuel effet bénéfique sur le poids ou la santé à l’échelle de la lactation, non démontré statistiquement avec cet essai.

 

luzerne déshydratée

Toujours intéressante économiquement si elle peut être produite sur la ferme

Pour les éleveurs qui disposent des surfaces suffisantes et qui peuvent travailler avec une usine de déshydratation à proximité, la culture de la luzerne pour alimenter ses vaches l’hiver s’avère toujours intéressante (6). Cette évaluation a été faite sur une exploitation bio qui remplacerait une surface initialement destinée à la production de mélange céréalier pour la vente par une culture de luzerne pour une utilisation par ses vaches en hiver.
Dans cette situation, l’éleveur implante la luzerne puis fait appel à l’entreprise de déshydratation pour les travaux de récolte et déshydratation de celle-ci. Cette simulation a été réalisée pour un élevage de 75 VL qui souhaite en distribuer 3 kg/VL/jour pendant les 3 mois d’hiver. Pour cela, une surface de 1,8 ha devra être implantée, avec un rendement de 11,5 t/ha (rendement moyen constaté par Deshyouest).
Le coût d’implantation s’élève à 425 € par ha, soit 142 € par ha et par an pour 3 ans d’exploitation. Il inclut la préparation de la terre, le semis, le désherbage et la fertilisation. La prestation de déshydratation de la luzerne a été prise en compte à hauteur de 154 €/t. Cette prestation inclus : fauche, andainage, ensilage, transport et retour sur l’exploitation. Comme la culture de la luzerne remplace un mélange céréalier, sa marge a été déduite : -804 €/ha. Celle-ci inclut le produit grain et paille, ainsi que l’implantation et la récolte.
Pour être au plus près de la réalité d’une exploitation, les différentes possibilités de primes PAC ont été considérées. En effet, plusieurs types de primes PAC peuvent être mises en place lors de l’implantation de luzerne actuellement : aides à la déshydratation ou aide aux légumineuses fourragères pures.
Par contre, les primes bio pour les cultures annuelles (300 €/ha si conversion bio) sont compensées par les primes de maintien de la prairie temporaire à base de légumineuses, subventionnées à la même hauteur.
La simulation présentée dans le tableau (4) présente la situation à niveau de primes de 112 €/ha, avec un bilan économique positif de 1 651 €. Dans une situation à niveau de primes plus élevé (282 €/ha), on arrive à un gain de 1 955 € pour l’exploitation.
Ainsi, quel que soit le niveau d’aides PAC, l’éleveur a intérêt s’il le peut, à produire sur ses terres la luzerne déshydratée consommée par ses vaches. Si les primes venaient à disparaitre, le prix de base du lait bio devrait être au-dessus de 370 €/1 000 l pour que la culture et l’utilisation de luzerne déshydratée soient toujours rentables.
Évidemment, cette solution n’est possible que si l’exploitation se trouve dans la zone d’une usine de déshydratation.
Enfin, au-delà de l’intérêt économique, la luzerne présente un réel intérêt agronomique dans les rotations en bio.

 

luzerne déshydratée

Info : Pour en savoir plus, lire les 4 dossiers rations bio (rations hiver) parus cet hiver dans Terra.

 

 

 

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