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Œuf : Le délicat équilibre des marché

La filière poule pondeuse est emblématique des attentes sociétales sur le bien-être animal. Les acteurs bretons en ont bien conscience et s’engagent dans les modes de production alternatifs. Pour autant, les contradictions du marché français demeurent : entre prix bas et montée en gamme, le cœur des consommateurs et des industriels balance. Cela a entraîné de fortes turbulences sur l’œuf bio en 2019, alors que l’œuf cage a bénéficié de cours soutenus.

13 % des fabrications bretonnes d’aliments pour les poulettes et pondeuses d’œufs
de consommation sont bio en 2019

Œuf

En 2019, la Bretagne a produit 966 623 tonnes d’aliments pour les poulettes et pondeuses d’œufs de consommation, en baisse de 1,8 % par rapport à 2018. Ce volume représente plus du tiers des volumes régionaux d’aliments pour volaille (2,8 millions de tonnes). Ce repli s’explique par le basculement de la production standard vers les modes alternatifs qui induisent une densité d’animaux plus faible. En 2018, près de 2 millions de poules pondeuses bretonnes étaient bio (10 % du cheptel). L’essor devrait se poursuivre en 2019 avec des aliments bio en hausse de 21 % par rapport à 2018 (127 654 tonnes). La filière pondeuse confirme sa place de leader de la production bio bretonne avec 78 % de l’alimentation animale bio.

 

16 % de hausse de la cotation de l’œuf calibré en 2019 par rapport à la moyenne 2014-2016

Œuf

En 2019, la cotation moyenne pour les calibres M et L s’élève à 7,43 € les 100 œufs, en repli de 3,7 % par rapport à 2018 qui marquait la fin de la crise du fipronil. Même tendance pour l’œuf industrie à 0,81 €/kg en 2019, en chute de 9 % par rapport à 2018. L’œuf cage résiste bien grâce à une demande correcte, notamment au niveau du conditionnement, et une offre qui s’amenuise, via un transfert important de la production vers l’alternatif. Côté consommateur, le prix d’achat moyen des œufs, tous modes d’élevage confondus, augmente de 3,9 % en 2019 par rapport à 2018. Cela s’explique notamment par la hausse des achats d’œufs issus de pondeuses en systèmes alternatifs pour la consommation à domicile.

 

Actualités de la filière

À retenir de 2019

Au printemps 2019, acculé par la pression de certaines associations animalistes, le groupe Avril étend son engagement vers l’œuf alternatif. Initialement prévu uniquement pour les œufs coquille, c’est finalement la totalité des œufs produits, commercialisés ou utilisés qui sera exclusivement issue d’élevages français alternatifs en 2025. Ce cas emblématique et médiatisé, avec une mobilisation autour du siège du groupe à Rennes, montre que la transition vers l’alternatif peut se faire parfois à marche forcée.
Pour tendre vers cet objectif commun de l’alternatif, certains groupes ont préféré construire un partenariat avec des associations de bien-être animal. C’est le cas du groupe d’aucy qui a travaillé avec Welfarm plusieurs axes pour améliorer les conditions de vie des poules pondeuses de la coopérative et arrêter l’élevage en cage d’ici 2025. Ces deux structures se sont aussi alliées à Restalliance, acteur de la RHD, pour valoriser une production sous code "2 premium", en volière avec jardin d’hiver, intéressant lorsque la structure foncière de l’élevage ne permet pas l’accès à des terres en superficie suffisante autour du bâtiment. Les acteurs bretons de l’œuf ont investi en 2019 dans des casseries ultra-sécurisées, notamment pour améliorer la gestion sanitaire des sites ou robotiser les bâtiments de stockage. Enfin, suite aux États généraux de l’alimentation, le maillon commerce a intégré l’interprofession de l’œuf (CNPO) fin 2019. L’objectif reste de poursuivre le travail engagé depuis plusieurs années pour l’adaptation de la filière aux nouvelles attentes sociétales et accompagner les élevages vers une production alternative.

Les enjeux de la filière pour 2020 et les années suivantes
Le CNPO avait aussi annoncé dans son plan de filière son ambition d’atteindre 50 % d’élevages alternatifs d’ici 2022. La mobilisation des acteurs est telle que cela devrait être atteint dès 2021 ! Concernant le bio, la production européenne va faire peau neuve : un nouveau texte réglementaire va faire évoluer le cahier des charges de la bio en Europe à partir de 2021. Si les grandes lignes ont déjà été adoptées, les règles d’application de ce texte sont en cours de rédaction, et donc de négociation entre la Commission européenne et les États membres : taille des élevages, respect du lien au sol… Une décision franco-allemande a été prise pour mettre fin à l’élimination des poussins mâles par broyage d’ici fin 2021. Une feuille de route commune doit être tracée en matière de technologie et de recherche entre les deux pays. À ce jour, deux techniques ont vu le jour : prélèvement de liquide amniotique au 9e jour ou détection de la couleur des premières plumes des embryons au 13e jour. Il faudra maintenant rendre ces méthodes généralisables à large échelle pour pouvoir l’appliquer notamment aux 7 millions de poussins produits chaque semaine dans les couvoirs bretons.

 

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